Actualité théâtrale

au théâtre de La Commune d’Aubervilliers

« Casteljaloux » jusqu’au 17 avril

De Casteljaloux, petite ville du Lot et Garonne où il a grandi, Laurent Laffargue fait une image emblématique de la province française, avec ses petits et grands drames familiaux, ses adolescents qui s’ennuient et se rêvent orphelins, les amitiés et les rivalités, les jalousies, l’envie de fuir ailleurs ou dans l’alcool. L’accent du sud-ouest tempère à peine la violence des échanges quotidiens et des rapports sociaux.
Dans cette pièce qu’il a écrite, mise en scène et qu’il joue seul, dans cette première version, Laurent Laffargue règle des comptes avec la ville de ses origines et pourtant on n’est pas dans le drame. Il y a de l’humour et on sent de la tendresse pour certains des personnages. Il y a Romain, 15 ans, fan de hand-ball, amoureux de Pascaline, comédien en apprentissage et qui ne rêve que de partir. Il y a son père, Ferdinand, le « queutard » du village, qui sait tout sur tout le monde et dont son fils voudrait bien s’éloigner le plus possible !
Il y a Chantal, « la jolie » prise entre deux hommes et que Ferdinand convoite et enfin Jean-François, homosexuel en secret, qui se veut l’ami de Romain dont il est en fait amoureux. Et la ronde des amours, des désirs, des petitesses et des jalousies s’enclenche, jusqu’à la fuite de Romain, loin de Casteljaloux. Avec une voiture sur scène, la forêt des Landes qui défile sur l’écran de fond de scène, par la magie de son jeu et de la musique pop-rock des années 80, Laurent Laffargue crée un univers.

JPEG - 46.3 ko
© Photo Pierre PLANCHENAULT

On pense au cinéma de David Lynch, au travail de Caubère et bien sûr à Edward Bond, qu’il a rencontré et mis en scène. Il nous emmène sur un terrain de hand-ball, à la fête foraine, dans la forêt avec son père, au bar aussi où, l’alcool aidant, entre flipper et baby-foot s’échangent les commérages et les confidences. Il est tous les personnages, mais on est surtout dans la tête de Romain, confronté à la violence des rapports sociaux et qui pense avant tout à fuir ce monde qui peut aller jusqu’à l’horrible, fuir pour devenir enfin lui-même. Laurent Laffargue réussit, seul en scène, à susciter toute la gamme des émotions, la peur, l’inquiétude, le dégoût, le rire et même la tendresse. La version qui suivra en 2011, verra le jeu collectif reprendre ses droits avec dix comédiens et un chien. « Ces personnages qui auront été connus d’abord par leur parole rapportée par un autre, vont (demain) rouler pour eux-mêmes ». Cette première version est une très bonne mise en bouche.
Micheline Rousselet

Jusqu’au 17 avril
Mardi et jeudi à 20h, mercredi, vendredi et samedi à 21h et dimanche à 16h30
Théâtre de la Commune
2 rue Edouard Poisson, 93304 Aubervilliers
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur
réservation impérative) : 01 48 33 16 16

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « La famille royale »
    Inspirée du roman éponyme de William T. Vollmann, cette vaste fresque dresse le portrait d’une Amérique coupée en deux, le monde des affaires, du show-business, des casinos et de la finance d’un côté,... Lire la suite (16 octobre)
  • « La danse de mort » d’August Strindberg .
    Dans une citadelle, sur une île de garnison, vivent reclus dans un décor gris un officier intègre et autoritaire et sa femme, Alice, une ancienne actrice qui a laissé derrière son passé et dont les... Lire la suite (13 octobre)
  • « La mort de Tintagiles »
    « La mort est une force extérieure qui empêche tout mouvement qui s’oppose à elle. L’amour est une force intérieure qui incite à agir contre la mort ». Le texte de Maurice Maeterlinck, conte initiatique... Lire la suite (10 octobre)
  • « Mme Klein »
    À Londres en 1934, Mélanie Klein, que l’on peut considérer comme l’une des premières psychanalystes pour enfant dans les années 1920, vient d’apprendre la mort de son fils Hans à Budapest. Naturalisée... Lire la suite (9 octobre)
  • « Non, c’est pas ça ! (Treplev Variations) »
    Ils sont trois sur scène, une femme et deux hommes, ils devaient être treize et jouer La mouette , mais l’un d’eux, le metteur en scène probablement, s’est suicidé. Ils ont décidé de continuer le... Lire la suite (7 octobre)