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Un film de Miguel Gomes (Portugal France)

"Ce cher mois d’août" Sortie en salles le 17 juin

Le mois d’août au Portugal, c’est celui du retour au pays des exilés urbains, celui des vacances, des retrouvailles, des bals populaires, le soir, sur les places publiques.
On tire des feux d’artifice, on surveille les départs d’incendie, on se livre au Karaoké, on saute à l’élastique, on chasse le sanglier et on savoure la bière fraîche.
Dans un village de l’Arganil, au cœur du Portugal montagnard, le mois d’août décuple la population, et les orchestres populaires, avec ce qu’il faut d’accordéons et de chants traditionnels, rivalisent de ritournelles.
On pourrait résumer de mille façons ce film, qu’aucune ne satisferait vraiment, tant le parti pris de narration qu’adopte Miguel Gomes multiplie les pistes et déroute.
Lorsqu’on croit être dans un documentaire sur un village du centre du pays, les activités des vacanciers, les flux migratoires de l’été et les incendies qui menacent les surfaces boisées, on se prend à s’attacher à un, puis à deux, puis à trois personnages qui, jusque là s’étaient trouvés fondus dans la foule des figurants et qui, comme par un effet de magie, se distinguent tout à coup des autres.
Jusqu’à ce que, sans qu’on l’ait vu vraiment venir, on se trouve face à une histoire d’amour entre une jeune fille et son cousin, lui musicien, elle chanteuse dans un orchestre de bal.
A un scénario qui eût conduit le film de façon linéaire, Michel Gomes a préféré l’assemblage tour à tour fluide, heurté ou inattendu de scènes hétéroclites qui, sous une apparence de liberté narrative, obéissent au contraire à une construction rigoureuse. Et lorsque le récit s’empare des personnages et leur donne une consistance romanesque, que se révèlent les sentiments, qu’apparaissent les conflits, les différends, le film s’illumine et se précise. Il devient limpide et chacun des moments qui a précédé, prend sa réalité concrète, à l’image de l’incendie dont on n’a cessé de craindre les premières flammes et qui lorsqu’il se déclare, devient le gigantesque embrasement dévastateur qu’on appréhendait.
A filmer longtemps les lieux, des scènes d’un quotidien ordinaire, de petits fragments d’histoires, à entrecroiser les images, à tisser des amorces d’énigmes, Miguel Gomes finit par construire un film étrange, obscur ou lumineux, un récit qu’on pourrait aussi résumer à sa trame romanesque : l’histoire d’amour contrariée de deux jeunes gens, une chanteuse et un musicien de bals, l’été dans un village portugais.
Or, le film est encore ailleurs. Il est dans l’originalité, la subtilité et l’ampleur de la mise en scène. Il est à découvrir quelque part et, peut-être surtout, à la périphérie du cœur du récit
Francis Dubois

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