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Un film d’Idrissa Guiro et Mélanie Pavy (France)

"Cendres" Sortie en salles le 10 juin 2015.

Idrissa Guiro et Mélanie Pavy n’avaient pas encore écrit la moindre ligne de scénario lorsqu’ils ont entamé le tournage de " Cendres ".

Par hasard, ils venaient de retrouver, par le biais des réseaux sociaux, Akiko, une amie installée à Tokyo avec qui ils avaient perdu contact depuis quinze ans et qui était de passage à Paris à l’occasion du décès de sa mère, Kyoko.

Dès que les formalités relatives au décès auront pris fin, Akiko compte retrouver à Tokyo sa famille maternelle afin de décider avec eux de ce que vont devenir les cendres de la défunte.

Or, en vidant l’appartement de Kyoko, Akiko découvre des carnets intimes que tenait sa mère et qui lui étaient sans doute destinés.

Au fur et à mesure de la lecture de ces journaux intimes, elle va découvrir différents pans de la vie de sa mère qu’elle ignorait et qui vont l’éclairer sur elle-même.

Cinéma : Cendres

On pourrait définir " Cendres " comme un film sur le flou.

Le flou de la vie d’une femme rompue à la discrétion, la pudeur, aux silences.

Le flou d’une narration qui voyage entre deux générations de femmes, depuis la période de la nouvelle vague du cinéma au début des années soixante jusqu’au Japon de l’après-Hiroshima.

Le flou d’une image qui joue à échapper à la caméra et utilise la rugosité du grain comme élément esthétique.

Le flou du deuil quand, au moment de décider du lieu où seront dispersées les cendres, Akiko, remonte le temps et cherche sa propre place dans l’histoire de sa mère.

Un pan de voile qui, en se levant, va permettre à Akiko de découvrir en sa mère une actrice liée en de nombreux points au mouvement de la nouvelle vague, icône féminine des années 60.

Le flou enfin entre le passé de Kyoko, ses secrets et le destin d’Akiko.

Le film avance au rythme des questionnements d’Akiko. Il l’accompagne dans ses découvertes et dans ses états d’égarements, dans la fragilité de certains moments.

Il privilégie de la vie d’Akiko les périodes qui font écho à la trajectoire de Kyoko et qui deviennent le révélateur de la relation en miroir qu’elles entretenaient à distance toutes les deux.

Et c’est ainsi que "Cendres " raconte la vie de quelqu’un, de l’âge de dix-huit ans à sa mort en utilisant des images où elle a continuellement vingt ans.

En acceptant de participer à ce film alors qu’elle est en plein deuil, Akiko s’inscrit dans une tradition familiale : un père cinéaste, une mère actrice et le cinéma en général, qui a nourri toute leur vie.

Dès lors "Cendres" n’est plus un film sur le deuil même si au fil des circonstances du tournage, il est devenu partie intégrante du deuil d’Akiko.

L’ouverture de l’urne funéraire par un moine, en présence de la famille réunie est un moment d’émotions contrastées.

Il est certain que la présence d’une équipe de cinéma dans un tel moment d’intimité a pu ajouter à la confusion générale. Au point que la séquence a une portée quasi comique avec le constat, une fois l’urne ouverte, qu’on dispose de trop de cendres, qu’il n’y a pas assez d’os…

Il n’y a plus, face à de telles déconvenues, qu’à se réfugier dans le rire.

Et " Cendre s" ne s’en prive pas !

Une très jolie séquence d’un film de JL Godard (Sans doute, " Made in USA ") dans laquelle apparaît Kyoko aux côté d’Anna Karina vient en décalé.

Si le film déroute au début, il se construit peu à peu et offre en plus d’une réflexion sur le deuil, de beaux et touchants clins d’œil au cinéma de la Nouvelle vague.

Francis Dubois

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