Actualité théâtrale

Jusqu’au 6 août au Théâtre de la Porte Saint-Martin

« Cendrillon »

A la mort de sa mère, une très jeune fille croit l’entendre lui demander, si elle veut espérer la garder quelque part à ses côtés, de ne jamais cesser de penser à elle plus de cinq minutes. Elle suit son père qui a décidé de se remarier, dans la grande maison de verre où habite sa future belle-mère en compagnie de ses deux filles. Face à une belle-mère qui la hait et la martyrise, à des demi-sœurs qui la méprisent et la maltraitent, à un père lâche et incapable de la protéger, elle s’enferme dans la culpabilité, l’acceptation de son sort jusqu’à ce que…

Théâtre : Cendrillon

Joël Pommerat s’est toujours intéressé aux contes, dans lesquels il voit un moyen de dire quelque chose de brûlant sur la condition humaine, mais il les réécrit. Il préfère à la version moralisatrice de Charles Perrault, celle beaucoup plus noire, méchante, perverse, mais aussi emplie de douleur, des Frères Grimm. Pour lui tout part du deuil dans cette histoire. Il gomme l’aspect conte de fée, histoire d’amour et de justice immanente et en fait une histoire de lutte entre le désir de vie et le désir de mort. Sa Cendrillon qui finit par quitter la dépression, l’auto-dénigrement et le désespoir pour aller vers le Prince, sans pour autant que ce choix soit présenté comme un idéal, parle au moins autant aux adultes qu’aux enfants. L’ancien côtoie le moderne, téléphone portable, chirurgie esthétique et psychanalyse, la langue se laisse parfois aller vers le parler quotidien, la noirceur voisine avec la comédie. Ce n’est pas Cendrillon qui perd sa chaussure mais le Prince qui lui offre la sienne, la belle-mère veut rester éternellement jeune et belle et la Fée ne veut pas user de ses pouvoirs magiques, mais réaliser des tours comme un simple magicien … et les résultats sont surprenants !

Pour Joël Pommerat qui se dit « écrivain de spectacle » la scénographie et les lumières sont fondamentales et il a travaillé avec Éric Soyer pour créer un univers sombre et inquiétant. Les images et les personnages sont sculptés par la lumière dans des espaces presque noirs. Vidéo, mots qui s’affichent, musique, tout est fait pour ouvrir l’œil et l’oreille à l’imagination. Les murs de verre de la maison semblent clos pour la très jeune fille et son père mais attirent les oiseaux qui s’y fracassent. La petite taille de la très jeune fille et du Prince reflète leur fragilité devant la mort. Les voix semblent parfois venir d’ailleurs, accentuant le sentiment d’étrangeté, que ce soit celle à l’accent italien chantant de la narratrice (Marcella Carrara) ou celle autoritaire de la marâtre ( Catherine Mestoussis) opposée à celle presque enfantine, mais pourtant déterminée, de la très jeune fille (Deborah Rouach).

On est très loin de la mièvrerie. Cette version de Cendrillon pensée et imaginée par Joël Pommerat éveille l’imagination et séduit par sa beauté.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, un dimanche sur 2 à 16h

Théâtre de la Porte Saint-Martin

18 bld Saint-Martin, 75010 Paris

Réservations : 01 42 08 00 32

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « À deux heures du matin »
    Pourquoi cet homme n’a-t-il pas allumé son téléphone portable depuis trois jours, pourquoi a-t-il effacé son compte facebook pour le rouvrir peu après sous un autre nom, pourquoi n’a-t-il pas pris... Lire la suite (17 septembre)
  • « Danser à la Lughnasa »
    Un jeune homme se souvient de l’été 1936 dans la maison familiale isolée en Irlande où il vivait avec sa mère et ses quatre tantes. Michaël s’en souvient car il y eut cet été là le retour de son oncle,... Lire la suite (16 septembre)
  • « Les naufragés » suivi de « La fin de l’homme rouge »
    Après Ressusciter les morts , Emmanuel Meirieu s’attache à nouveau à adapter deux livres témoignages, Les naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck et La fin de l’homme rouge de... Lire la suite (16 septembre)
  • Théâtre 14
    Les nouveaux directeurs du théâtre 14, Mathieu Touzé et Édouard Chapot, proposent aux abonnés et aux curieux, pendant la durée des travaux au théâtre qui vont durer jusqu’au 20 janvier, UN PARCOURS... Lire la suite (13 septembre)
  • « Tempête en juin »
    Ce sont les deux parties de Suite française que Virginie Lemoine et Stéphane Laporte ont adapté et mis en scène (Virginie Lemoine seule pour la seconde partie) dans ces deux spectacles. Irène... Lire la suite (13 septembre)