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Un film de Mor Loushy (Israël- Allemagne)

"Censored voices" Sortie en salles le 21 octobre 2015.

En 1967, la guerre des six jours se solde par la victoire d’Israël, la prise de Jérusalem, de Gaza, du Sinaï et de la Cisjordanie.

Le conflit est présenté jusqu’à aujourd’hui comme une guerre de conquête légitime.

Dans les semaines qui ont suivi le conflit, des jeunes gens vivant dans un Kibboutz, parmi lesquels l’écrivain Amos Oz et l’éditeur Avraham Shapira questionnent des soldats de retour du front.

Ces enregistrements donnent un nouvel éclairage sur le moment où Israël est passé de l’état de David à celui de Goliath.

Ces paroles de soldats ont été censurées par l’armée alors (et d’évidence parce) qu’elles sont un hymne à la vérité

Cinéma : Censored voices

" A l’école ", déclare la réalisatrice " j’ai été abreuvée d’histoires glorieuses concernant la guerre des six jours".

L’euphorie de la victoire a perduré au fil des années.

Pourtant quand les soldats sont revenus blessés et coupables (certains disent même qu’ils avaient le sentiment d’être revenus "mauvais"), leurs propos sont loin d’être euphoriques.

Leur voix était très claire pour dire que cette guerre n’avait pas été une guerre de libération mais une guerre d’oppression, qu’elle avait été conduite avec des débordements de haine, des actes de cruauté gratuite et un profond désir de mépriser, d’humilier et de détruire l’ennemi.

"Tuez tout ce que voyez" tel était le mot d’ordre des officiers et à un soldat qui s’étonnait des méthodes de guerre en vigueur, un gradé répondait " Quand on coupe du bois, il y a toujours des copeaux".

Ces voix qui rendaient compte de la haine et de la violence ont été censurées. Elles ont été reniées, oubliées pendant des décennies.

A l’écoute de ces enregistrements dissimulés pendant quarante-cinq ans, une autre image de la guerre des six jours se révélait. Une vision qui est loin d’être glorieuse et alors que tout un peuple célébrait la victoire à grand bruit, Amos pressentait la catastrophe et la confusion vers laquelle Israël se dirigeait.

Il avait prévu que cette guerre allait balayer toutes les valeurs morales de la société d’alors avec l’occupation des nouveaux territoires et la colonisation des populations civiles.

Il a choisi de questionner les combattants dans une période allant d’une semaine à un mois après la fin des conflits et ces témoignages, plus de quatre décennies plus tard et sans doute plus encore aujourd’hui même ont une résonance particulière.

Ce retour en arrière nous éclaire sur ce conflit sans fin et ces enregistrements qui font partie de l’histoire doivent être mis au grand jour. Ils portent à penser que s’ils avaient été livrés à l’époque, le cours de l’histoire aurait peut-être été différent.

Les propos reportés sont indemnes de tout regard politique, hors du clivage gauche-droite et cette "virginité" devrait permettre d’ouvrir un débat passionnant en Israël.

Car le discours critique ne vient pas de l’extérieur, mais d’hommes qui ont tout donné pour leur pays.

Francis Dubois

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