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Un film d’Aktan Arym Kubaï (Kirghizstan-France-Allemagne-Pays Bas)

« Centaure » Sortie en salles le 31 janvier 2018.

Dans un village du Kirghizstan, Centaure, une ancien voleur de chevaux, mène maintenant une existence paisible auprès de sa famille. Proche de son jeune fils, il aime par dessus tout lui raconter les légendes du pays, à une époque où les hommes et les chevaux ne faisaient qu’un. Or, le jour où au village on constate un mystérieux vol de chevaux, le passé resurgit et les regards suspicieux se tournent vers Centaure.

Après «  Le voleur de lumière » Aktan Arym Kubaï revient avec «  Centaure » sur son thème privilégié : le passage difficile du monde de tradition à un monde moderne dans lequel égoïsme et individualisme sont de rigueur.

Cinéma : Centaure

« Centaure » est inspiré d’un fait réel. L’histoire dans ses grandes lignes repose sur le souvenir du vol d’un étalon qui était survenu dans le village du réalisateur. L’homme soupçonné d’avoir volé le cheval fut arrêté, rossé, emprisonné et s’il reconnut les faits, personne jamais ne parvint jamais à lui faire dire les raisons réelles de son geste. Le vol n’avait pas été commis à des fins mercantiles mais la vraie raison empreinte de poésie, était inavouable. Elle tenait simplement, pour l’homme amoureux des chevaux, au plaisir de savourer la vitesse d’un vrai galop, dans la sensation et l’ivresse du vent.

Aktan Arym Kubai réussit une œuvre qui, tout en respectant les règles de la légende et du conte populaire, parvient à s’intégrer aux règles d’un récit en prise avec notre monde contemporain.

Si les superbes images du film et notamment celles qui montrent les chevaux restent farouchement en prise avec la nature, le regard posé sur l’état du pays est beaucoup plus complexe.

On a, avec ce film aux accents poétiques, l’impression que la société kirghize est à un tournant de son histoire, solidement accrochée à sa mythologie et à ses croyances mais déjà aux prises avec les travers de la société moderne que sont l’argent ou la corruption.

Il résulte de tout ce mélange un récit hors du temps avec des flambées d’un lyrisme « naturel » qui prend ici la la forme d’un dernier sursaut de résistance. Le résistant du film, c’est Centaure, le voleur de chevaux repenti, cet homme entre deux mondes qui, dans un mouvement de force ou de faiblesse, accomplit un rêve que la société va bientôt lui interdire de faire.

Le spectateur devrait aller s’offrir, comme Centaure, à la vitesse du vent et à l’ivresse d’un dernier galop.

Francis Dubois

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