Pix et compétences numériques

Certification des compétences numériques dans le secondaire Non, Pix n’est pas une nouvelle version du B2i !

Le ministre a profité une nouvelle fois de son passage à Ludovia en août pour annoncer la publication d’un décret (compétences numériques) et de deux arrêtés (Pix ; mise en œuvre de la certification) relatifs aux compétences numériques des élèves. Si cette annonce est passée relativement inaperçue chez les proviseurs (chaos de la réforme du lycée oblige !), ça a été moins le cas chez les principaux de collèges, dont certains, d’après les informations qui nous remontent, ne semblent pas avoir compris que le B2i n’existait plus et que la grille des compétences numériques en vigueur n’avait que peu à voir avec l’ancienne.

Le ministère a décidé que tous les élèves en fin de cycle dans le secondaire devraient avoir une indication de leur niveau de maitrise des compétences numériques dans leur bilan de fin de cycle. Pour les élèves de fin de cycle 4 et ceux de fin de cycle terminal, c’est une certification du niveau de leurs compétences numériques qui devra y figurer (décret de mise en œuvre, article 4).

Un nouveau référentiel
A cette fin, une nouvelle grille des compétences numériques, conforme à Digcomp (référentiel-cadre européendes compétences numériques destiné à être partagé par l’ensemble des Etats membres, datant de 2013), et s’inscrivant dans un cadre plus vaste que celui des B2i/C2i, a été publiée début 2017, à titre expérimental, et est entrée en vigueur à la rentrée 2019. Elle comprend 8 niveaux qui s’appliquent à 5 grands domaines totalisant 16 compétences : informations et données ; communication et collaboration ; création de contenu ; protection et sécurité ; environnement numérique. Actuellement, seuls les 5 premiers niveaux sont publiés. Cette grille a vocation à être inscrite dans le répertoire des compétences professionnelles, afin que tout (citoyen) travailleur puisse avoir une certification, et ce tout au long de sa vie.

Un nouvel outil
Pour que cela puisse être réalisable, une application appelée Pix a été développée par le GIP (Groupement d’Intérêt Public : Men, Mesr, Cned, Université ouverte des humanités et Université de Strasbourg) éponyme. Cette application est destinée à permettre une évaluation basée sur des simulations les plus proches possibles de la réalité. La certification des compétences numériques des élèves ne pourra se faire que par son intermédiaire car seule cette plateforme est habilitée à donner cette certification . Il s’agit d’une certification « tout au long de la vie » qui pourra évoluer et pourrait être, par exemple, demandée par un employeur...

Conséquences
Au delà du problème de l’organisation, qui incombe aux chefs d’établissement, la coexistence de certifications relevant de domaines traités de façon transversale, et d’une évaluation plus traditionnelle basée sur l’examen ou l’épreuve est problématique . En effet, il est bien spécifié que les compétences s’acquièrent pendant la scolarité, dans le cadre des programmes. Mais l’évaluation des élèves dans le cadre des programmes se fait sans avoir recours à une plate-forme quelconque, donc comment Pix pourra-t-elle s’articuler avec les évaluations ? Pourtant, on voit fleurir sur les sites des rectoratsdes éléments destinés à mettre en place cette certification, visant les 4e et les premières cette année afin de les "préparer" à la certification obligatoire en 2021.
Plus ennuyeux, le niveau de compétences n’est pas mesuré par une évaluation unique, mais dans le temps, chose que ces textes officiels semblent avoir totalement oublié ! Il sera donc impossible d’organiser une séance de certification sans que cela se fasse au détriment de l’intérêt des élèves. Et quand bien même une séance serait organisée chaque année, cela serait loin de suffire pour certifier le vrai niveau de compétences de chaque élève. Une nouvelle usine à gaz risque donc de voir le jour et de créer de nouvelles désorganisations périodiques dans les établissements et de faire que les enseignants verront encore leur temps d’enseignement diminuer.
Bref, un scénario aussi mauvais que celui qui a accompagné le B2i pendant des années est en passe de voir le jour !