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Un film de Paolo et Vittorio Taviani (Italie)

"César doit mourir" Sortie en salles le 17 octobre 2012

Sur la scène du Théâtre de "Rebibbia Carcere" s’achève sous des applaudissements enthousiastes, la représentation de "Jules César" de Shakespeare, donnée par les détenus du quartier de haute sécurité de la prison.
Les lumières s’éteignent. Les derniers spectateurs disparaissent dans la nuit. Un à un, les détenus, acteurs d’un jour, rejoignent leurs cellules.
Qui sont-ils, ceux dont on n’imagine pas un seul instant, tant ils sont impliqués, passionnés, inventifs, qu’ils purgent, pour certains d’entre eux, des peines allant jusqu’à la perpétuité.
Le film de Paolo et Vittorio Taviani suit l’élaboration de la pièce mise en scène par Fabio Cavalli qui n’en est pas à sa première expérience en milieu carcéral, depuis les essais et la découverte du texte jusqu’à la représentation finale.
De retour dans sa cellule, "Cassius" dit à la caméra :"Depuis que j’ai connu l’art, cette cellule est devenue une prison."
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Les frères Taviani avaient appris qu’il existait à Rebibbia Carcere, une expérience théâtrale avec des prisonniers de haute sécurité liés à la Mafia, à la Camora ou à la Ndrangheta et qu’un metteur en scène avait monté un spectacle tiré de l’œuvre de Dante où les détenus récitaient certains chants de "L’Enfer", le comparant avec leur propre enfer.
Le projet de réaliser un film sur le sujet s’est très vite imposé à eux. Ils ont proposé à Fabio Cavalli et aux détenus intéressés par une nouvelle expérience "Jules César" de William Shakespeare. La réponse ne s’est pas fait attendre : "Vous commencez, nous commençons".
Les hommes à qui les frères cinéastes proposaient le projet avaient un passé chargé de fautes et de délits, de valeurs salies, de rapports humains brisés.
Le choix de "Jules César" œuvre d’une force égale, venait en contraste et était chargée de signification opposée.
Shakespeare, dans sa pièce, une histoire italienne, met en avant les grands rapports qui lient les hommes et les opposent, l’amitié et la trahison, le pouvoir et la liberté, le doute et les certitudes.
La mise en scène de cinéma qui fonctionne à la périphérie de la mise en scène de théâtre met en présence deux mondes qui se reflètent. Nombre de détenus jouant la pièce appartiennent à la catégorie des "hommes d’honneur", ceux dont parle Marc-Antoine dans son acte d’accusation.
Si le choix s’est porté sur une mise en scène "essentielle" dans un espace scénique réduit, limité par quelques colonnes romaines pour ce qui est du spectacle de théâtre, il en est autrement des scènes où les acteurs apprivoisent et s’approprient le texte et les thèmes porteurs, les font leurs, de vrais moments de recherche. Là, l’équipe a pu travailler dans les ailes de la prison, les escaliers, les tunnels, les cellules et cette partie du film qui jouit d’une grande "liberté" est d’une très rugueuse beauté.
Le fait que chaque acteur joue sa partition dans son propre dialecte, en napolitain, en sicilien, ou en dialecte des Pouilles, ajoute sans doute à la force des interprétations.
C’est là un des tours de force du film et bien sûr du travail théâtral conduit par Fabio Cavalli. L’un et l’autre devenant comme par magie une seule et même œuvre, entraînent les interprètes amateurs à devenir de magnifiques acteurs.
Ici, la caméra laisse toute sa place au théâtre. Elle intervient pour capter l’humain, la puissance collective de la troupe, l’état d’identité en suspens de ces hommes qui ont foncé tête baissée dans un monde inconnu pour mieux redresser la tête.
Francis Dubois

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