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Un film de Jonathan Millet et Loïc H.Rechi

"Ceuta, douce prison" Sortie en salles le 29 janvier 2014.

En sa qualité de ville autonome espagnole, Ceuta fait partie de l’Europe. Cependant, elle ne fait pas partie de l’espace Shengen.

Cette position administrative particulière fait d’elle un piège ou les migrants, souvent déposés là par les passeurs, se trouvent bloqués des semaines, des mois et, dans certains cas, des années.

"Ceuta, douce prison" suit la trajectoire de cinq d’entre eux dans l’enclave espagnole. Ils ont tout quitté, famille et misère, et se retrouvent enfermés dans une prison à ciel ouvert, aux portes du vieux continent.

Chaque jour, ils espèrent obtenir un "laisser passer" et chaque jour, ils redoutent d’être expulsés vers leur pays d’origine.

Simon est camerounais et son objectif au quotidien est de trouver un travail qui lui rapportera assez d’argent pour appeler sa famille. Il lave les voitures sur les parkings pour récolter quelques pièces ou se faire traiter au passage de "Zapatero, Hijo de Puta".

Marius est également camerounais. Le week-end, il pêche et cuisine les poissons au "tranquilo", un endroit caché en forêt que les migrants ont investi. Lorsqu’il aura enfin obtenu son "laisser-passer", il sera félicité avec enthousiasme par l’ensemble de "la bande des africains" de Ceuta.

Iqbal est un jeune indien de dix-huit ans. Sa confiance en l’avenir cache mal la détresse qui l’habite.

Guy est dépressif. Il est incapable de travailler ou de se joindre aux autres. Tourné vers le passé et sa famille, il est sans cesse collé au téléphone. Il met au point un stratagème de ressemblance avec son frère et son cousin pour tenter de quitter Ceuta.

Nur est somalien. Il a quitté son pays en guerre et laissé sa femme accoucher seule. Il téléphone à sa famille dès qu’il gagne quelque argent. Il écrit des chansons dont il espère qu’elles seront entendues un jour au pays et dissuaderont ses frères de tenter la même aventure que lui.

"Ceuta, douce prison" se veut en proximité totale avec les personnages et les situations, pour humaniser leur quotidien, décrire la peur du lendemain à travers les regards et de cette façon, plonger le spectateur en immersion dans cette ville-piège pour lui faire ressentir l’enfermement et les doutes qui habitent chacun.

Les plans reprennent les clichés de l’univers carcéral : les promenades en rond, répétées interminablement, les trajectoires recommencées qui se croisent et se recroisent, les coups de fil pathétiques vers un ailleurs lointain, la promiscuité, la présence de murs ou de barbelés, l’absence de temporalité, le temps suspendu et les jours qui ressemblent aux jours.

La dilatation du temps est perçue à travers les scènes de vie, les regards, les gestes, les errances et les longues discussions sur des sujets récurrents.

Tous, sans exception, sortent d’un périple d’une ou de plusieurs années au cours duquel ils ont dû cacher leur nom, leur identité, s’en remettre totalement aux passeurs, voyager à l’arrière de véhicules blindés ou en s’accrochant à l’arrière d’un train de marchandises, parcourir à pied des centaines de kilomètres en forêt ou en montagne, traqués sans cesse par les polices locales.

Après tant d’épreuves, l’entrée dans Ceuta est considérée comme une consécration mais cet état d’euphorie ne dure jamais bien longtemps.

Il n’y aura jamais assez de films pour nous rappeler les multiples souffrances de ces hommes et leur vie de misère, de rejet et d’incertitude.

Francis Dubois

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