Actualité théâtrale

Jusqu’au 28 octobre, puis du 7 novembre au 9 décembre au Théâtre Déjazet

« Ceux qui restent »

Il ne reste plus en France qu’une dizaine de personnes qui ont vécu pendant la guerre dans le ghetto de Varsovie. Les habitants y avaient été réduits à la famine et déportés par les Nazis avant d’être exterminés après la révolte du ghetto en avril 1943. Paul Felenbok est l’un d’eux. Il avait sept ans en 1943 et ses parents ont été assassinés lors d’un changement de cache. Lui a survécu et après un passage par un foyer d’enfants à Lodz, il fut envoyé par son frère aîné en France où il grandit dans les maisons d’enfant de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide. Il s’est fixé en France et est devenu un éminent astrophysicien.

Théâtre : Ceux qui restent

Sa cousine, Wlodka Blit-Robertson, habitait dans la même cour du ghetto. Elle parvint à s’en échapper avec sa sœur jumelle en passant par une échelle placée au-dessus du mur et vit de la fenêtre de la maison où elle était cachée l’incendie et le massacre des survivants du ghetto. Elles avaient douze ans. Leur père, membre de l’organisation socialiste juive Bund,était déjà passé en Russie puis avait rejoint l’armée polonaise en exil. Leur mère revenue près de ses filles fut déportée et assassinée par les nazis. Les deux fillettes, séparées et placées dans des familles de paysans polonais que l’organisation payait, survécurent. Wlodka rejoignit son père en 1946 à Londres où elle vit toujours.

David Lescot a recueilli la parole de ces deux survivants qui n’avaient jamais parlé, mais en éprouvent aujourd’hui le besoin pour que la mémoire ne s’efface pas. Leur témoignage fait revivre leur épopée pendant la guerre et l’immédiat après-guerre. Il impressionne par la précision de leurs souvenirs et leur vision à hauteur d’enfants trop vite mûris par les horreurs de la guerre. Et tant de choses passent dans leur témoignage, aucun pathos dans leur parole mais des faits, racontés parfois avec l’humour que permet la distance dans le temps. Même si affleure chez Wlodka la tristesse d’avoir vu son père comme un inconnu quand elle l’a retrouvé et chez Paul celle de ne rien savoir de l’histoire de ses parents, même si Paul se souvient toujours de l’antisémitisme des Polonais y compris après la guerre, un antisémitisme et une méfiance à l’égard des Russes que les animateurs de la maison d’enfant en France, proches du Parti Communiste, refusaient d’entendre quand Paul les évoquait, la capacité de ces enfants à se reconstruire après la guerre ne cesse de surprendre.

David Lescot pour porter leur témoignage a adopté un dispositif sans aucun artifice, au plus près du témoignage. Sur deux chaises sont assis les deux acteurs. La comédienne interroge et le comédien répond, puis, sur une question, ils échangent leur place et c’est elle qui répond quand lui l’interroge.

Marie Desgranges et Antoine Mathieu sont si confondants de naturel, de sensibilité maîtrisée, de vérité qu’on se surprend à vouloir parler avec eux comme s’ils étaient Paul et Wlodka.

Micheline Rousselet

Du 18 au 28 octobre et du 7 novembre au 9 décembre

Du mardi au samedi à 19h

Théâtre Déjazet

41 Bd du Temple, 75003 Paris

Réservations 01 48 87 52 55 ou www.dejazet.com Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

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