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Un film de Marat Sarulu (Kazakhzstan/France)

"Chant des mers du Sud" Sortie en salles le 17 février

Dans un petit village du Kazakhzstan, Ivan le russe et Assan le Kazakh vivent en relatif bon voisinage jusqu’au jour où la femme d’Ivan donne naissance à un enfant brun aux yeux bridés.
Ivan en déduit que sa femme l’a trompé avec Assan. Dès lors un conflit va s’établir entre les deux familles. Conflit qui va se poursuivre sur une quinzaine d’années jusqu’au moment où Sasha, l’enfant du doute devenu adolescent, quitte brusquement la maison et va vivre avec les chevaux pour lesquels il nourrit une véritable passion…

Mais au moment où l’on croit que le film va emprunter une forme linéaire, le récit éclate. Ivan quitte sa femme et éprouve le besoin de remonter à ses origines. La visite qu’il rend à son grand père, de l’autre côté de la frontière, lui révèle que ses ancêtres étaient des nomades. Assan, de son côté, se retrouve aux confins de la Mongolie. Il touche à la sérénité lorsque enfin, il atteint les mers du Sud.
Marat Sarulu a situé l’essentiel du récit de son film au fin fond de la Russie, aux limites du Kazakhzstan, sur des terres hostiles où les haines ethniques sont particulièrement fortes et tenaces.
Longtemps l’empire soviétique a englobé sous sa tutelle tous ces pays satellites, les a intégrés à sa politique globalisante et c’est l’explosion des frontières et le morcellement du bloc soviétique qui a révélé une réalité culturelle, le métissage.
Avec la naissance de l’enfant au faciès suspect, les conflits conjugaux et de voisinage qu’il suscite, le film commence comme une comédie sur le sujet. Mais très vite, le récit bifurque et la tonalité devient toute autre Le personnage d’Ivan est délaissé au profit de celui de Sasha qu’on voit évoluer dans un univers narratif lyrique, proche du mystique. Sasha qui, dans son option de vie, loin des considérations qui touchent à sa naissance et à son identité véritable, devient le symbole de toute une descendance, fruit d’un métissage vieux de plusieurs générations, entre russes et Kazakhs.
Une partie du film est la longue conversation entre Ivan et son grand père, tellement dramatiquement forte et isolée du reste du récit, qu’elle pourrait en être extraite et vue comme un film dans le film. Elle s’oppose au voyage d’Assan, long cheminement silencieux, intimement ressenti, livré à la beauté des paysages, sous la forme de longs plans entrecoupés de scènes de marionnettes évocatrices de sa quête profonde.
"Chant des mers du Sud" est un film inclassable, d’une fulgurante beauté, dont le parcours morcelé et dense ne livre pas immédiatement toute la richesse qu’il contient.
Pour mieux évoquer son sujet, Marat Sarulu a utilisé différentes composantes narratives, atteignant ainsi avec des contrastes, une sorte de métissage cinématographique. Son film est comme un puzzle qui ne livrerait son motif, longtemps médité, que longtemps après la mise en place de la dernière pièce.
Francis Dubois

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