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Un film de David André (France)

"Chante ton bac d’abord" Sortie en salles le 22 octobre 2014

culture - cinéma - "Chante ton bac" Ils sont une bande de copains liés depuis des années, pour la plupart d’entre eux élèves de terminale dans un lycée de Boulogne-sur-Mer, une ville durement touchée par la crise.
Cette année de lycée est déterminante pour eux. Issus du monde ouvrier ou de la classe moyenne, ils sont tour à tour rêveurs, joyeux ou graves. Car quel comportement avoir face à un avenir obscurci par la conjoncture et comment anticiper sur l’avenir quand la question que se pose Gaëlle dans le carnet de bord qu’elle tient est : "Ça sera quand, le présent ?"

Gaëlle est un mélange d’innocence, de détermination farouche et de douceur. Son père est électricien sur le port, sa mère enseignante. Ses choix d’avenir vont vers une carrière artistique mais cette voie est-elle porteuse de projets ?
Alex redouble sa première. Il a vu passer le reste de la bande en terminale mais les liens n’ont pas été rompus pour autant. Avec son père, magasinier en grande surface, ils ont créé un groupe rock et se produisent sur des scènes locales.
La mère de Caroline est sans emploi et son père ouvrier. Caroline est peut-être la plus fragile de tous. Elle a beaucoup de mal à se concentrer sur le travail scolaire et a tendance à l’absentéisme.
Nico est excellent élève mais c’est un doux rêveur charmeur. Son idylle avec Rachel ne l’empêchera pas de sombrer dans l’impasse d’une dépression qui va le faire décrocher scolairement.
Rachel a une forte envie d’ailleurs. A Boulogne-sur-Mer, elle se sent à l’étroit et projette d’aller, après le bac, tenter sa vie en Australie.

Le plus grand atout du film de David André est son casting. Il a sélectionné, parmi les élèves d’un lycée de Boulogne, un éventail de personnalités attachantes, contrastées, hors de tout cliché.
Un choix d’autant plus "heureux" qu’aux portraits d’adolescents viennent s’ajouter en parfaite concordance, ceux des parents qui, eux aussi, échappent aux stéréotypes.
Le film avance sur les duos parents-enfants et très vite les uns et les autres deviennent familiers, au point qu’en tant que spectateur on adhère totalement tant aux conflits qu’à la tendresse qui unit les uns aux autres.

David André décrit avec une grande sensibilité d’approche, l’attachement qui unit un groupe soudé d’adolescents. Si l’incertitude règne dans les esprits, Gaëlle, Alex, Caroline et les autres sont sûrs de deux choses. Ils traversent un période déterminante où ils engagent leur avenir et la fin de l’année mettra un terme à des amitiés anciennes de plusieurs années, importantes certes mais dont il faudra faire l’économie.
La crise, les nouvelles donnes sociétales ont-elles une incidence sur les relations amoureuses d’aujourd’hui ? L’attachement qui rapproche Nico et Rachel ne les empêchera pas, en choisissant des voies géographiquement opposées l’une de l’autre, de renoncer définitivement à tout projet commun. Sagesse ? mutation du sentiment amoureux ? Glissement des priorités ?

Si les fous-rires sont nombreux dans "Chante ton bac d’abord", si le film est joyeux, s’il reflète l’insouciance de l’âge, il n’est pas sans mélancolie et sans nous rappeler qu’on traverse une époque où les pages se tournent à toute vitesse et où les renoncements ont des airs de fatalité.

A ce récit qui réduit infiniment, jusqu’à la rendre transparente, la frontière entre la fiction et le documentaire, David André a eu l’idée audacieuse d’inclure des parenthèses chantées qui s’incorporent avec une grande fluidité au reste du film. Les chansons surviennent pour surligner un moment de vie, un état d’âme et chacune s’apparente au personnage qui la chante. Les textes et les musiques sont soignés et ces incursions musicales ont à chaque fois, valeur d’un nouvel état des lieux.

Ce film dont le titre s’impose au fur et à mesure qu’on avance avec les personnages des lycéens et de leurs parents est une totale réussite. On a ici, une belle longueur d’avance sur d’autres films sur le lycée et autres bandes de filles…
Francis Dubois

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