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Un film de Otar Iosseliani (France Georgie)

"Chantrapas" Sortie en salles le 22 septembre

A la fin du 19ème siècle, à Saint-Pétersbourg, dans les familles aisées, on amenait ses enfants devant des maîtres du Bel Canto italien afin qu’ils leur enseignent le chant. L’aristocratie russe parlant français, les italiens avaient appris les deux mots utiles au moment où ils rendaient leur verdict : chantera et chantera pas.
Plus tard, "chantrapas" est devenu un mot pour désigner les bons à rien, les exclus.
Nicolas est un cinéaste géorgien dont la seule exigence est de pouvoir s’exprimer dans ses films en toute liberté. Ce n’est pas du goût de ses producteurs qui veillent au grain ou des collaborateurs qui le mettent en garde contre l’interprétation que le pouvoir pourrait faire de scènes subversives qu’il a tournées et auxquelles il tient ferme.
Puisqu’en Georgie, les idéologues veulent le réduire au silence, Nicolas décide de quitter son pays pour la France, réputée pour ses libertés et sa démocratie.
L’illusion de réaliser un film en toute liberté dans notre pays de cocagne ne va pas durer bien longtemps.
Ce film que Nicolas aura tant de difficulté à faire, Otar Iosseliani le réalise avec Chantrapas", une œuvre de toute beauté et de toute liberté et qui, plus est, un enchantement de finesse, d’intelligence, de culot.

Chantrapas © Niko Tarielashvili

Tous les films de ce cinéaste atypique ont toujours fonctionné sur une ligne de liberté, une inspiration qui donne à chaque fois à ses récits, une orientation -ou désorientation- si singulière et tellement inventive.
Cette liberté où flotte le film de bout en bout, Otar Iosseliani l’a toujours revendiquée et il en a fait la marque de fabrique de son cinéma. En Union soviétique, on lui a presque toujours permis de réaliser le film qu’il voulait faire même si, une fois qu’il était terminé, on en interdisait la projection. Mais ses films allaient ailleurs…
En 1979 pourtant, après "Pastorale" Otar Iosseliani est obligé de s’exiler et "Chantrapas", s’il n’est pas autobiographique, est un portrait collectif de cinéastes dont il fait partie.
"Chantrapas" est un film puzzle, une œuvre extrêmement vivante, insolente, désordonnée mais il s’agit là d’un désordre révélateur d’une parfaite limpidité dont il résulte à la fin, avec une cohérence retrouvée, un ensemble narratif où tout reprend sa place comme par enchantement.
Il faut aller voir le film pour le film, pour le travail d’orfèvre, pour l’humour et pour la gravité mais aussi pour le plaisir que fournit le jeu des comédiens. Il faut voir Pierre Etaix jouer, de la façon la plus drôle, un producteur hyper actif. Bulle Ogier en dame frileuse et énergique, Iosseliani lui-même, Pascal Bonitzer et tous les autres si remarquables, Dato Tarielashvili en tête qui interprète avec tant de finesse, la détermination inébranlable du créateur.
Il faut y aller et peut-être y courir parce que malheureusement les plus beaux films, les joyaux, quittent souvent l’affiche très vite !
Francis Dubois

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