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Charles Mingus vivant ! La musique est colère

Charles Mingus (1922-1979) fut un marginal révolté contre le système du show biz, le racisme, la société américaine. Sa folie aurait pu le mener à l’asile. Cette folie se trouve dans la démesure de cette musique, dans la transe, dans la pression que le compositeur/chef d’orchestre exerce sur ses musiciens pour qu’ils aillent au-delà de ce qu’ils connaissent, pour que, comme Charlie Parker, génie intrinsèque, ils ne puissent pas le « jouer demain ». Ce géant était fait pour la contrebasse mais pas pour ce monde-là qui refuse le simple fait d’être un homme, de vouloir vivre sa vie et non pas celle d’un autre, qui s’offusque de toutes les remises en cause et sait que la colère est nécessaire. Pour autant, la violence lui était étrangère, lui qui écrira une prière pour une résistante passive même si certaines déclarations viennent à l’encontre de cette manière d’être.

Méfiant envers la partition, incapable peut-être d’écrire ces émotions, ces colères, il exigeait tout et au-delà de ses musiciens. Participer à un groupe de Mingus ressemblait à un sacerdoce. Peu ont résisté. Au rang de ceux-là, il faut citer le batteur Dannie Richmond qui resta 15 ans à ses côtés. Beaucoup d’autres sont sortis avec plus ou moins de fracas. Le tromboniste Jimmy Knepper – le plus grand et les plus sous-estimé suivant les termes de Mingus – partira après une baffe.

Marginal dans le jazz, dans la Great Black Music, il rejoint une cohorte étrange qui part du premier compositeur du jazz, qui se disait « originator du jazz », Jelly Roll Morton, Ferdinand La Menthe pour le monde créole de la Nouvelle-Orléans des débuts du 20e siècle, pianiste à la technique rare et qui voulait que les musiciens qu’il réunissait joue « ses notes ». Mingus lui rendra hommage dans « My Jelly Roll Soul » ici reproduit.

Il fallait commencer à rendre grâce à ce génie – oui, il faut employer le terme, il n’est pas usurpé – qui débuta sa carrière du côté de la Côte Ouest à la fin des années 1940 pour la poursuivre à New York. Le titre de cette collection, toujours intéressant par le livret dû aux plumes de Alain Gerber – responsable de cette collection « Quintessence », Frémeaux et associés - qui fait un portrait du bassiste et d’Alain Tercinet qui présente la trajectoire du chef d’orchestre, est étrange par son inversion « New York – Los Angeles », comme si un retour aux sources, un passé recomposé était possible. Mingus commencera à enregistrer avec des groupes de Rythmn’Blues. Il se fait appeler Baron Mingus. Engagé par Lionel Hampton, sa composition « Mingus Fingers » sera disponible sur disque en 1947. Il voudra créer, avec le batteur Max Roach, son propre label Debut, qui fera faillite, pour ensuite faire un tour chez Savoy – label indépendant à ce moment là – et enfin RCA, pour ce « Tijuana Moods » de 1956 qu’il faut écouter en entier, évocation de cette ville frontière qui sonne comme la mémoire de sa jeunesse à Nogalés (Arizona) où il est né un 22 avril 1922.

Il se fait aussi cette même année 1956, le griot d’une histoire du monde de la création à la destruction, « Pithecanthropus Erectus » en 4 parties, d’un exorcisme de ses années de galère, « West Coast Ghosts » et de sa nouvelle vie dans la ville-monde, New York, « Scenes in the City ». Ainsi se clôt le premier CD pour ouvrir la voie à un compositeur qui n’a rien perdu de ses colères mais maîtrise son art. Le CD2 en fait la preuve. Il donne envie de tout écouter… Nous n’en aurons jamais fini avec Charles Mingus…

Nicolas Béniès.

« Charles Mingus, New York – Los Angeles, 1947-1960 », Quintessence/Frémeaux et associés, livret de Alain Gerber et Alain Tercinet .

 

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