Autour du Jazz

Volume 9 des aventures de l’Oiseau (Bird)

"Charlie Parker en direct"

Le volume 8 de cette fausse-vraie « Intégrale Charlie Parker » - fausse parce qu’il est impossible, comme le note l’auteur du livret et de la compilation Alain Tercinet, de reprendre tous les enregistrements de l’Oiseau, vraie parce qu’elle donne à entendre le son d’un génie dans sa chronologie – s’arrêtait en septembre 1950 pour les enregistrements de Parker avec les « Strings » et ce volume 9 s’arrête en mars 1951 pour des « en direct » - « live » - avec ces mêmes « Strings » pour la radio. Entre temps, Parker a voyagé. Pour le suivre, Alain Tercinet a sélectionné quelques traces réalisées en public. Chicago d’abord, en octobre 1950, avec des musiciens qui deviendront des légendes comme les frères Freeman puis en Suède et Paris. Il dira beaucoup de bien de la Suède, composant ce « My Little Blue Suede Shoes » - qu’il ne faut pas confondre avec la composition du chanteur de rock Carl Perkins – en souvenir. Souvenir aussi raconte Tercinet d’un disque de Jean sablon entendu chez Annie Ross et Kenny Clarke…

Le fait est que le Bird est en pleine forme. Il joue comme le Dieu qu’il est et devrait être tout le temps. Il semble désintoxiqué faisant preuve d’une bonne humeur et d’un plaisir de jouer, de créer qui s’entend. C’est une joie. Les musiciens suédois sont portés par le génie parkérien. Ils ne déméritent pas. Malgré quelques défauts techniques, ces moments sont d’une force qui leur donne leur importance, renforcé par la nécessité d’appréhender la course de cet Oiseau décidément surprenant.

Parker arrive à Paris fin novembre 1950. Une seule trace subsiste. 2’45 avec l’orchestre de Maurice Moufflard. Pour des raisons inconnues, il rentre précipitamment aux Etats-Unis…
Le 21 décembre 1950, Norman Granz lui demande de remplacer au pied levé Harry Edison, trompettiste, pour un enregistrement avec l’orchestre afro-cubain de Machito pour « The Afro-Cuban Suite », composition de Chico O’Farrill, curieux mélange cubain-irlandais, arrangeur superbe. Comme d’habitude, il trouve sa place et dialogue avec Flip Phillips, saxophoniste ténor.
Ces années 50, c’est le temps du mambo, une danse "exotique" qui envahit tous les dancings, aux Etats-Unis comme partout. Norman Granz lui en fait enregistrer. Léger, aérien il transforme tous les thèmes par son génie. Temps qui ont l’air heureux. Une sorte de récréation.

Ce coffret de trois CD est à goûter. La musique n’a pas vieilli. En même temps, c’est un travail de mémoire absolument essentiel. Ne ratez ni l’un ni l’autre.

Nicolas Béniès.

"Intégrale Charlie Parker. My Little Suede Shoes. 1950-51",
Livret et Sélection de Alain Tercinet,
Frémeaux et associés distribué par Socadisc.

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