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Un film de Rolf De Heer (Australie)

"Charlie’s Country" Sortie en salles le 17 décembre 2014

Charlie est un ancien guerrier aborigène resté attaché aux traditions et à sa culture.

Alors que les autorités s’appliquent à lutter contre les règles de vie de sa communauté et

lui retirent ses moyens de subsistance en lui confisquant ses armes de chasse, Charlie tente de garder la tête hors de l’eau.

Pour cela, il ne lui semble y avoir qu’une solution : retourner vivre dans le Bush, à la manière des anciens.

Mais Charlie prendra un autre chemin, celui de sa propre rédemption.

Cinéma : "Charlie's country"

Le film de Rolf De Heer fait se conjuguer deux histoires.

A travers celle de Charlie, celle des Aborigènes des différentes parties de l’Australie qui ont vécu les incursions du colonialisme dont la conséquence fut presque toujours la dépossession des terres.

Celle de David Gulpilil qui, pendant dix années, fut l’acteur aborigène incontournable de sa génération et qui ouvrit la voie à la création de rôles et d’histoires écrits pour les aborigènes au moment où le cinéma australien était en plein renouveau.

Si l’histoire de " Charlie’s Country " prend ses racines chez les peuples aborigènes – leur culture, leur manière de vivre, l’attachement aux traditions- le vrai point de départ du film vient de David Gulpilil avec qui Rolf De Heer s’était, de longue date, lié d’amitié.

En 2011, le réalisateur apprend que David Gulpilil qui avait sombré dans l’alcoolisme, qui avait quitté la communauté "sobre" où il était soigné, après avoir choisi de devenir un sans-abri dans les rues de Darwin, se trouvait en prison.

Sans connaître les raisons de son incarcération, Rolf De Heer parcourt 3800 km pour lui rendre visite. Il trouve un homme fragilisé, déprimé mais animé d’une seule idée : tourner dans un film.

Le projet de " Charlies’s Country " prend alors naissance. Mais pour qu’il puisse redonner confiance à ce comédien défait et pour que le scénario trouve force et énergie, il était indispensable qu’il en devienne le protagoniste.

Il n’y aurait pas de dialogue écrit et David serait totalement libre de parler sa propre langue ou l’anglais et le personnage serait proche du comédien pour qu’il puisse improviser plus facilement et comprendre le qui, le où et le pourquoi de l’histoire à tout moment du récit.

David avait des idées politiques fortes concernant la race, la culture et les effets du déracinement culturel provoqué par la colonisation des blancs sur son peuple. C’est dans cette direction qu’il voulait aller avec le film.

Ayant renoncé à l’alcool et remis en liberté conditionnelle, David a pu accompagner Rolf De Heer au cours d’un voyage de repérage dans les espaces sauvages du Parc national de Kakadu avant de faire un retour dans la communauté dont il avait été exilé.

Le film parle de David autant en tant que personne qu’en tant qu’acteur. Mais il ne raconte pas pour autant sa vie.

David n’est pas Charlie et même s’il y a entre les deux des points d’achoppement, David n’a jamais vécu à Ramingining durant la période d’"intervention" du gouvernement australien, il n’a jamais disparu dans le Bush pour vivre comme ses ancêtres, il n’a jamais été à l’hôpital de Darwin, n’a jamais attaqué une voiture de police et n’est pas revenu chez lui pour enseigner la danse aux enfants.

"Charlie’s Country" n’en est pas moins une belle leçon de vie, sur les dangers à emprunter la mauvaise pente de l’histoire et de déjouer les tentations démoniaques qui peuvent menacer une existence fragilisée.

Francis Dubois

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