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Un film de Vimukthi Jayasundara (Inde-France)

"Chatrak" Sortie en salles le 6 février 2013

Après s’être méfiés l’un de l’autre, sur la ligne d’une frontière, un jeune bengali et un soldat européen cherchent à s’apprivoiser.
A Calcutta, un architecte qui s’était exilé à Dubaï, revient en Inde pour superviser un immense chantier d’immeubles d’habitations. Il renoue avec Paoli, son amie qui a longtemps attendu son retour. Elle et lui partent à la recherche du frère de Rahul à propos de qui le bruit court qu’il est devenu fou, qu’il habite dans la forêt et dort dans les arbres…

D’un côté l’architecte Rahul qui conduit un chantier d’immeubles d’habitations à la périphérie de Calcutta ; ces projets qui empiètent sur des terres vierges, les sacrifient et forcent les populations d’agriculteurs à se déplacer en ville..
De l’autre un jeune homme qui s’est isolé dans la forêt et vit dans les arbres.
Lequel des deux est le plus fou ? Celui qui mène un projet d’urbanisation vandale, supervise la construction d’appartements en béton, les uns aux autres identiques et impersonnels ou celui qui a choisi la liberté de vivre en forêt, de faire ce retour anachronique à une existence primaire ?
Cette modernisation agressive à laquelle contribue Rahul, qui transforme des terres cultivées en paysages stéréotypés est-elle une satisfaction ou une douleur ?
Le frère de Rahul ramené à la civilisation n’aura qu’une hâte, celle de fausser compagnie à ceux qui veulent le sauver pour retrouver la liberté de la forêt et vivre sa "folie d’homme sage".

Dans ses deux premiers films, Vimukthi Jayasundara ("La terre abandonnée" et "Entre deux mondes") explorait des thèmes contemporains comme la guerre, la violence, la sexualité et le mystique. Il s’attachait à rompre avec les conventions de la narration occidentale en faisant se heurter les temporalités et en voyageant à travers différents modes de récits.
Avec "Chatrak", il élargit son champ narratif sans rien céder sur sa façon de raconter et dénonce à travers deux histoires apparemment étrangères l’une à l’autre, l’uniformisation progressive de nos existences et de nos avenirs, un monde où il n’y aura bientôt plus de place pour la différence et la diversité.

Une Inde qui s’uniformiserait serait selon lui effrayant parce qu’incompatible avec un pays aussi riche culturellement qui ne compte pas moins de soixante langues différentes, des dizaines de religions, d’ethnies, des milliers de dieux.
Partant d’un tel socle social et culturel foisonnant, le processus de transformation de l’Inde en une seule histoire est inimaginable.
Les architectes sont au centre de cette turbulence.

La démarche narrative du cinéaste est parfois déroutante, passant d’un récit réaliste aux méandres du conte ou de la fable. Mais ce mélange de genres donne par ailleurs toute sa saveur à ce film qui en dit long sur nos trop vagues inquiétudes à propos de nos lendemains.
Francis Dubois

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