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Un film de Françoise Charpiat (France)

"Cheba Louisa" Sortie en salles le 8 mai 2013

A bientôt trente ans, Djemila, juriste dans une société d’assurance, quitte l’appartement de ses parents pour tenter de voler de ses propres ailes. Sa mère, algérienne traditionnelle, ignorant tout de la relation de sa fille avec un collègue non musulman, a décidé de la fiancer au fils d’une de ses amies.

Comment démêler les fils de cet imbroglio quand Djemila habite toujours le quartier et que chacun épie ses faits et gestes ?

Emma, sa voisine de palier, personnage loufoque, bien qu’elle soit une bonne mère pour ses deux enfants, caissière dans un supermarché de son état, a du mal à joindre les deux bouts. Elle jongle avec les dettes et les visites d’huissier.

Les deux jeunes femmes si différentes ont pourtant un point commun, la musique. Emma, parce que le père de ses enfants, mort accidentellement, était musicien. Djemila parce qu’elle a toujours eu pour sa grand-mère qui était une chanteuse célèbre en Algérie, une très grande admiration.

L’idée de départ de Françoise Charpiat était de réaliser une comédie dont les deux personnages principaux étaient une jeune femme maghrébine parfaitement intégrée mais tenue en laisse par le poids des traditions familiales et une française totalement "désintégrée" mais libérée de toute barrière morale.

Cela donne un film léger, drôle, mené tambour battant, virant au conte de fée, avec en arrière-plan des sujets annexes que le récit ne traite pas à la légère même s’il ne fait parfois que les effleurer. Les nouveaux pauvres réduits à l’endettement, à la précarité au quotidien pour les familles monoparentales, ou le poids des traditions qui pèse sur les jeunes générations au sein de familles d’immigrés.

Le scénario, même s’il n’évite pas certaines facilités, mêmes si les situations qui s’enchaînent sont parfois opportunistes, est assez solide pour que l’histoire de la rencontre, et plus tard de l’amitié entre les deux jeunes femmes soient crédibles et que dans son ensemble, le film nous offre un divertissement souvent savoureux.

Françoise Charpiat va chercher du côté du réalisme quand c’est nécessaire et que cela apporte du poids à son propos autant que dans les codes de la comédie légère quand le récit s’évade et se moque bien d’être ou non dans le domaine de la vraisemblance.

Quelques excès auraient pu être évités cependant : les accoutrements d’Isabelle Carré. Point n’était nécessaire de la déguiser ainsi pour aider à la compréhension de la psychologie du personnage. Ou encore la faiblesse du père maghrébin condamné à subir les retours de la forte personnalité de sa femme.

Isabelle Carré et Rachida Brakni sont les interprètes idéales pour mener rondement une histoire à prendre à la légère, tout comme est parfaite l’étonnante Biyouna en mère maghrébine sentinelle des traditions.

Il est bien agréable d’emprunter de temps en temps les chemins qu’offre à voir une comédie à la "bonne franquette", libre comme l’air, souvent juste, et surtout jamais vulgaire.

Francis Dubois

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