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Un film de Luc Joulé et Sébastien Jousse (France)

"Cheminots" Sortie en salles le 17 novembre

L’idée de ce film est né chez les représentants des cheminots de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il a pu être tourné grâce au Comité d’entreprise qui met en place depuis de nombreuses années une politique de résidences artistiques. Jusqu’alors rien n’avait jamais été fait dans le domaine du cinéma et lorsque les deux cinéastes, Luc Joulé et Sébastien Jousse ont été contactés, leur seule exigence a été de pouvoir, avec ce film, poursuivre leur exploration cinématographique du travail dans le même esprit que celui où avait été conçu leur film précédent "Les réquisitions de Marseille, mesure provisoire" où il était question des entreprises réquisitionnées en 1944 par le Commissaire régional de la République.

Le projet "Cheminots" a permis d’aborder au plus près, les question sociales, personnelles et générales que posent les transformations en cours du monde ferroviaire. Ces modifications inquiétantes le sont autant pour les cheminots eux mêmes qui voient leurs conditions de travail se dégrader, un esprit de solidarité s’estomper, que pour les usagers que nous sommes.
Ce qui touche la SNCF mais aussi France Télécom, EDF, l’Education nationale ou la Santé avec des modifications de structure, les compressions de personnel et, dans certains cas, l’ouverture à la concurrence… réduit considérablement l’esprit de Service public et fait que le travail est de moins en moins reconnu comme il pouvait l’être jusqu’à ces dernières années.
Dans son film "The navigators", Ken Loach traitait de l’isolement, de la fin du réseau et de l’idée de complicité professionnelle qui était la marque de la profession. Au début, ses personnages constituaient une équipe très soudée mais petit à petit, chacun des membres du groupe se trouvait isolé et cet état de fait finissait par mettre en péril les règles premières de sécurité.
"Cheminots" montre l’enclenchement de ce que Ken Loach dénonçait dans son film, la logique destructrice que les cheminots français s’apprêtent à subir. Il permet de faire découvrir la complexité de l’implication humaine dans la simple circulation d’un train et à plus forte raison, dans le fonctionnement de tout un réseau ferroviaire. La finalité d’un travail basé sur un esprit d’équipe, condition essentielle d’efficacité, se trouve mise à mal par le souci de rentabilité, une économie néo libérale qui n’en finit pas de diviser, d’opposer les hommes pour mieux les isoler.
" En 2007 pour les marchandises, en 2010 pour les voyageurs, le Chemin de Fer s’ouvre à la concurrence. Le train devient un marché." dit le commentaire au début du film.
"Cheminots" n’est ni un film d’entreprise, ni un film militant. C’est une constat qui en dit long. C’est un arrêt sur image sur l’articulation de la terrible menace qui pèse sur l’avenir du Chemin de Fer français comme elle pèse sur l’ensemble du Service public. La fierté du travail bien fait, du travail en équipe laissent place au doute, au découragement, à l’isolement. S’il n’est pas question de privatiser, le pouvoir, insidieusement, de mesure en mesure, dépouille le service public SNCF de l’intérieur en le diluant au profit des filiales de droit privé.
La privatisation sournoise de la SNCF, parce qu’elle ne se nomme pas, est une privatisation vampire. Les vampires du capital sont en train de vider de son sens le noble terme de cheminot qui désignait non pas un métier mais l’appartenance à un corps. Ils risquent de renvoyer la corporation à son étymologie :"Un ouvrier parcourant les chemins pour trouver du travail, un vagabond, un mendiant errant dans les campagnes"…
Francis Dubois

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