Actualité théâtrale

Au Théâtre La Bruyère, à partir du 20 septembre 2012

"Cher menteur"

"Cher menteur" adaptation par Jérôme Kilty de la correspondance de Béatrice Stella Campbell et Bernard Shaw.

Texte français de Jean Cocteau.

Mise en scène de Régis Santon.

Il y a des spectacles prometteurs qu’on aimerait applaudir à tout rompre à la "tombée du rideau". Ainsi ce "Cher menteur" qui relate la correspondance quarante années durant, du début du 20ème siècle à la seconde guerre mondiale, entre une comédienne de renom, Béatrice Stella Campbell et le dramaturge londonien à succès Bernard Shaw et dont Jérôme Kilty écrivit une adaptation pour le théâtre.

Et cela, pour au moins deux raisons.

La première est que c’est Jean Cocteau qui a écrit le texte français. La seconde est que la pièce est jouée par deux grands noms du théâtre, qui nous ont si souvent enchantés et qui se font rares sur nos plateaux : Francine Bergé et Marcel Maréchal.

Lui qui, depuis Lyon où il fonda la Compagnie des comédiens de Coturne en 1958, en passant par Marseille où avec sa troupe il investit le Théâtre de la Criée jusqu’en 1994, Paris où il prend de 1995 à 2000 la direction du Théâtre du Rond-Point, et les fameux "Tréteaux de France" qu’il dirigea de 2001 à 2010, demeure un grand nom associé à la décentralisation.

Elle, qui compte parmi nos grandes comédiennes, même si sa carrière est restée un peu trop discrète, a joué sous la direction de Planchon, Françon, Bluwal ou Lukas Hemled et qui , au cinéma, a marqué par son interprétation d’une des deux sœurs machiavéliques dans "Les abysses" de Nicola Papatakis et bien d’autres personnages chez Franju, Vadim, Deville ou Joseph Losey…

Dès les premières répliques, on s’interroge sur la nécessité de donner sur un plateau cet "objet théâtral" mené un peu mollement par le metteur en scène Régis Santon.

D’entrée, quelque chose semble freiner la restitution de cet échange épistolaire dont on sent ce qu’il aurait pu être avec plus de vivacité, une légèreté qui fait défaut, avec plus d’espace que ce plateau dont le volume est réduit par un décor encombrant.

Les deux comédiens peinent à faire mouche avec leurs répliques dans un ping-pong à la fois vachard et complice. On dirait que la flèche manque sa cible.

Mais tout à coup leurs deux partitions s’harmonisent .On quitte l’application un peu scolaire des premières joutes verbales et ensemble, ils trouvent la justesse de la réplique, la finesse et le cinglant.

On découvre enfin la plume acidulée de l’actrice et derrière la férocité du propos, on devine son admiration pour Bernard Shaw. Et chez lui, derrière le masque facétieux et le cabotinage, qui finissent par se dessiner, la finesse, la virtuosité et l’élégance du gentleman admiratif.

Puis l’émotion s’en mêle et dans la deuxième moitié du spectacle, on a enfin trouvé ce qu’on était venu chercher : la présence sur scène de deux grands comédiens.

Ce spectacle a besoin de quelques représentations de rodage. Il faut que Marcel Maréchal et Francine Bergé trouvent leurs marques dans ce décor trop chargé et qu’on sente mieux que de la première missive à la dernière, quarante années ont passé.

Francis Dubois

Théâtre La Bruyère, 5 rue La Bruyère 75 009 Paris

Réservation au 01 48 74 76 99 / www.theatrelabruyere.com

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