Actualité théâtrale

Á partir du 2 septembre au Théâtre de poche Montparnasse

« Chère Elena »

Trois élèves frappent à la porte de l’appartement de leur professeur de mathématiques. Ils viennent lui souhaiter son anniversaire et apportent des roses, du champagne et des coupes pour le boire. Elena, professeur honnête et fidèle aux idéaux communistes, les invite à entrer, mais va vite découvrir que leur gentillesse est intéressée et ne vise qu’à lui faire donner les clés du coffre où sont enfermées les copies qu’ils ont rendues à l’examen final, afin de les corriger eux-mêmes. La soirée dégénère peu à peu. Au début ce qui domine, c’est l’incompréhension par Elena de ce nouveau monde russe où les valeurs communistes sont désormais foulées au pied par des gens qui placent au pinacle l’argent et la réussite sociale. Puis arrive le chantage, sous toutes ses formes, jusqu’aux plus ignobles.

Chère Elena est une pièce écrite par Ludmilla Razoumovskaïa en 1981. Créée à Talinn, elle rencontra beaucoup de succès avant d’être interdite en 1983 pour son caractère subversif et ne fut ré-autorisée qu’en 1987. Les autorités soviétiques ne s’y étaient pas trompées. Il y a dans Chère Elena un constat de la remise en cause des idéaux collectifs de la révolution de 1917, en particulier par une jeunesse qui n’est plus dupe de l’hypocrisie de la société soviétique en crise de la fin des années 1970, une jeunesse qui veut la liberté et dit à Elena : « Vous avez passé votre vie à survivre, nous on veut vivre bien ». La pièce est forte et dure, condamnant aussi bien la naïveté d’Elena que le monde nouveau que révèlent les propos des lycéens. Bien des sujets qui ont agité la société soviétique à cette époque sont abordés sans lourdeur : montée des inégalités, hypocrisie d’une société qui bafoue ses principes proclamés, importance de la réussite sociale obtenue par les moyens les plus condamnables, mépris pour les faibles, alcoolisme, etc.
théâtre Chère Elena
La mise en scène prend le parti du réalisme, chambre modeste avec une petite cuisine, robe de chambre pour Elena. Elle valorise la progression de la pièce qui fait se succéder l’incompréhension, la violence, le désespoir d’Elena devant l’effritement de ses idéaux, ses efforts pour résister à ce torrent qui détruit tout sur son passage. Myriam Boyer est Elena. Mal coiffée et mal habillée comme le lui fait remarquer une de ses élèves, jouant avec douceur et simplicité, elle est juste et elle crée une très forte émotion chez les spectateurs. Les quatre jeunes comédiens, qui incarnent ses élèves, avec des degrés divers de cynisme mais aussi de vulnérabilité, lui donnent la réplique avec talent.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h

Théâtre de Poche Montparnasse

75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

Réservations : 01 45 44 50 60 67

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