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Un film de Claude Duty (France)

"Chez nous, c’est trois" Sortie en salles le 17 juillet 2013

Jeanne Millet est une cinéaste dans le creux de la vague. Le dernier film qu’elle a réalisé avec Alice Guiard, une actrice qui depuis a fait du chemin, remonte à cinq ans.

Elle a monté un nouveau projet mais ses producteurs vont-ils la suivre ? Dans l’attente d’une réponse imminente, et pour oublier que son compagnon vient de la quitter pour une plus jeune, elle accepte d’accompagner modestement les projections de sa toute première réalisation dans des centres de vacances.

La tournée, dans des conditions très inégales, est conduite par Aurélie, jeune femme dynamique et chaleureuse ; et par Eric Miremont, un élu départemental dont les seules préoccupations sont de recueillir quelque honneur et un peu d’argent.

Claude Duty qui avait réalisé il y a une douzaine d’années " Filles perdues, cheveux gras" et un peu plus tard, " Bienvenue au gîte" , revient avec une comédie tendre, un peu cruelle qui est à la fois une réflexion sur le cinéma et l’occasion d’une galerie de portraits de gens qui gravitent à la périphérie de cet art de plus en plus difficile à servir.

Le personnage central de Jeanne, réalisatrice prise en étau entre une tournée modeste mais qu’elle ne renie pas, sa déception amoureuse en cours et l’attente de savoir si elle va ou non parvenir à réaliser son troisième film, est particulièrement touchant.

Cette tournée est pour elle l’occasion de revenir sur les lieux du passé et de renouer, entre autre, avec cet amour de jeunesse qui ne l’a peut-être bien jamais quittée, mais dont les circonstances et ses moments de gloire passagère l’ont tenue éloignée.

Flottant dans les incertitudes et dans le temps des difficiles bilans, elle pose un regard bienveillant sur son passé professionnel, sur ses erreurs et sur les personnes qui l’accompagnent dans sa tournée.

Elle ne manque pas de tendresse au fond d’elle et elle est arrivée à un point de sa vie où toutes les options sur l’avenir sont possibles. Mais aussi le point où son horizon peut se boucher dangereusement.

L’entrée dans le jeu d’Alice Guiard, dont elle a lancé la carrière avec son second film et qui lui est restée fidèle, donne au film une note optimiste dans un univers de grisaille.

Noémie Lvovsky dont les qualités de comédienne se révèlent de film en film, est une attachante et émouvante Jeanne Millet, juste à la fois dans l’émotion, dans les moments d’absence et dans de brusques mouvements de rébellion.

Claude Duty joue la demi-teinte dans tous les registres que lui offre son récit. La tendre attention qu’il porte à son personnage principal lui permet d’aller avec les autres jusqu’à flirter avec la caricature : Alice Guiard (formidable Judith Godrèche) ou Guillaume, (le projectionniste collectionneur de jeunes filles). Ceci pour mieux nous ramener à l’émotion avec le personnage d’Aurélie (étonnante Marie Kremer)

Une bonne surprise de l’été.

Francis Dubois

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