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un film de Pierre Carles et Martin (France)

"Choron dernière" Sortie en salles le 7 janvier 2009

Pierre Carles est un documentariste dont les méthodes d’investigation bien connues s’apparentent à celles utilisées par Michael Moore. Son dernier film ne prétend pas retracer l’ensemble de l’existence de Georges Bernier, mais se propose à travers archives et témoignages de dresser un portrait de l’humoriste, inventeur du fameux "Bal tragique à Colombey : 1 mort".
Carles et Martin prennent comme point de départ, le procès perdu de Choron contre ce qu’il considérait comme une usurpation du titre de son journal. Tout le début de film montre les réalisateurs poursuivant Cabu, Val (propriétaires de la majorité des parts du nouveau journal) et Wolinski de leur question indiscrète et répétée : pourquoi n’avoir rien écrit dans "Charlie hebdo" lors de la mort de Choron. Le résultat ne se fait pas attendre, Wolinski apparaît proche des caricatures qu’il dessinait dans "Charlie hebdo", Cabu est pitoyable et Philippe Val imbu de sa personne et méprisant, se montre sous un jour particulièrement antipathique. Suit une émouvant entretien où Cavanna remet les pendules à l’heure en attribuant à Choron la part qui lui revient depuis les débuts de "Hara Kiri". Enfin Nabe et Vuillemin croquent un portrait, en demi teintes, du fondateur de "Hara Kiri", sûrement plus proche de la réalité. Malgré ou à cause des ses outrances, une vraie tendresse pour le personnage se dégage, entre autres lors d’une longue séquence filmée sur les lieux de son enfance.

Mais s’il est de bon ton de vanter l’audace du réalisateur américain prenant pour cible l’administration Bush, il n’en va pas de même quand les arroseurs se font arroser. Sans avoir visionné le film, Val, Cabu et Wolinski attaquent en référé les producteurs, au motif que leurs noms se trouvent sur l’affiche sans leur accord et réclament pour chacun d’eux 4000 euros, ainsi que solidairement 1500 euros en plus des frais de justice et une astreinte de 10 000 euros par infraction constatée. Leurs noms, indique leur avocat, "ne sauraient donc faire l’objet d’une utilisation à des fins lucratives et ce afin de susciter l’intérêt du public". L’interdiction de l’affiche et du matériel publicitaire entraineraient de fait la non diffusion du documentaire. On ne rigole pas chez les humoristes !
La juge des référés a estimé qu’il n’y avait pas lieu à référé. Les demandeurs n’ayant pas réussi à démontrer que la mention de leurs noms sur l’affiche "constituait une atteinte à la vie privée telle que leur diffusion prochaine constituait un péril imminent" justifiant l’interdiction de l’affiche, les plaignants se sont vus condamnés aux dépens.

Il faut voir ce documentaire car si Georges Bernier fut un piètre gestionnaire il savait fédérer les talents, galvaniser la rédaction et manier l’humour et la provocation comme on ne sait plus (ou on n’ose plus) le faire aujourd’hui.
Francis Dubois

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