Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Karim Dridi (France)

"Chouf" Sortie en salles le 5 octobre 2016.

En arabe, "chouf" signifie "regarde" mais le mot peut également désigner celui qui observe ou surveille. C’est le nom des guetteurs des réseaux de drogue de Marseille.

Sofiane, vingt-quatre ans, a échappé à la vie du quartier, à la périphérie de Marseille vouée aux trafics de tous genres et notamment celui de la drogue.

Doué pour les études, il a intégré une prestigieuse école de commerce à Lyon et c’est au cours d’un séjour dans sa famille marseillaise que son frère, auquel il était très attaché et qui était devenu une sorte de "caïd" régnant sur le quartier, meurt sous les balles d’une bande rivale.

Sofiane, bien que totalement étranger au milieu des trafics de drogue va, avec une forte dose d’innocence et de candeur, trouver les moyens d’arriver à l’objectif qu’il s’est fixé : venger la mort de son frère

Il abandonne famille, études, son histoire d’amour mais deviendra-t-il pour autant, l’authentique malfrat qu’il faut être pour mener à bien son ambitieux projet ?

" Chouf" est annoncé par Karim Dridi comme le dernier volet de sa trilogie marseillaise après " Bye-bye " en 1995 et " Khamsa " en 2008.

La préparation de " khams a" lui avait permis de rencontrer des enfants gitans et des adolescents des quartiers Nord et le film avait été une expérience cinématographique si forte et enrichissante, que, sept ans plus tard, il revenait à Marseille pour y tourner " Chouf".

Une longue période d’observation lui a permis de voir sur le terrain comment fonctionnent les réseaux de drogue, du haut au bas de l’échelle.

Pour les besoins de l’écriture du scénario de son film, Karim Dridi s’est installé à Marseille pour mieux infiltrer le milieu de la drogue.

C’est donc en connaissance de cause, qu’à travers le récit de " Chouf ", il lève le voile sur ce milieu dont on ne connait que la partie apparente de l’iceberg, révélée par un matraquage médiatique mais dont on ignore le véritable fonctionnement.

Le réalisateur révèle sans précautions l’existence d’une société parallèle qui vit en vase clos selon des règles rigoureuses, un sens aigu de l’honneur et de la justice, des codes impénétrables et un langage singulier auquel eux seuls ont vraiment accès.

L’approvisionnement en drogues, le stockage, la vente (avec un respect de la clientèle), l’élaboration des stratégies adaptées, les rapports avec les bandes rivales absorbent le temps et l’énergie de ces équipes qui parlent d’une seule voix.

Cinéma : Chouf

Karim Dridi aime Marseille qu’il filme avec beaucoup de sensibilité et dont il fait ici un personnage à part entière, mais il aime de toute évidence beaucoup ses personnages qu’il rend à ce point attachants que le spectateur en dépit de leur marginalité, de la violence dont ils peuvent faire preuve, de leur cruauté parfois, de la façon dont ils bafouent les règles officielles, va éprouver pour eux de l’empathie.

Le personnage de Sofiane est magnifiquement construit et son évolution, depuis l’étudiant rangé jusqu’au malfrat qu’il devient, est totalement crédible.

Les comédiens non-professionnels ont été formés par Karim Dridi au cours d’ateliers de comédie, tous remarquables de justesse, forment un casting parfait.

Une œuvre forte qui porte un autre regard sur les "gens" de banlieues.

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Zibilla ou la vie zébrée »
    Zibilla est une jeune zèbre qui a été adoptée par des parents chevaux. Dans l’école où elle va et où tous les élèves sont des enfants chevaux, ses rayures sont sujet à de constantes moqueries. Si bien... Lire la suite (12 novembre)
  • « J’aimerais qu’il reste quelque chose »
    « J’aimerais qu’il reste quelque chose », c’est la phrase que prononce une donatrice sans descendant qui vient déposer des documents personnels relatifs à la Shoah dont elle est en possession et qui n’a... Lire la suite (12 novembre)
  • « Le bel été »
    Amed, Mohamed et Wally, réfugiés de Guinée et du Mali ont été recueillis par Robert, Simon et Sophie dans leur maison du bord de la Manche, siège de l’association « des lits solidaires » Ils vont... Lire la suite (11 novembre)
  • « Rendre la justice »
    En France, l’appareil juridique apparaît le plus souvent comme une machine infernale, opaque, mystérieuse, impersonnelle à laquelle il vaut mieux ne pas avoir à faire, qu’il vaut mieux ne pas... Lire la suite (9 novembre)
  • « Noura rêve »
    Jamel a été condamné à une peine de prison ferme pour différents vols, escroqueries et récidives et Noura a demandé le divorce d’autant plus déterminée à retrouver sa liberté qu’entre temps elle a... Lire la suite (9 novembre)