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"Ciao Stefano" un film de Gianni Zanasi – Italie sortie en salles le 30 avril

On attend toujours la sortie d’un nouveau film italien avec un vif intérêt et l’espoir qu’il va nous satisfaire complètement. Que celui-là va contribuer à remettre le pied à l’étrier à un cinéma qui nous a si longtemps comblés par sa diversité, sa vivacité, sa force, ses audaces et quelquefois sa férocité. Depuis Rosi, Ferreri, Scola, Comencini, Monicelli, les films de Nanni Moretti, de Marco Tullio Giordana ou Michele Placido qui ont assuré la relève, lui ont gardé la tête hors de l’eau mais à un rythme de sorties trop peu soutenu sur nos écrans pour nous convaincre de sa bonne santé.
Voilà Ciao Stefano. C’est au premier abord, un film léger, drôle, rythmé porté par un personnage touchant et savoureux, interprété par Valério Mastandrea qu’on a vu chez Scola et chez Moretti, et dont on a dit qu’il était le Jerry Lewis italien. Mais très vite, sous la comédie réjouissante pointe la réalité dramatique des personnages et la peinture amère de notre société.

Stefano a trente cinq ans. Petite star de rock local, il se retrouve subitement dans le creux de la vague. Sa compagne dont il partageait le toit le trompe et sa musique bat de l’aile. Le voilà à la rue, trouvant refuge la nuit dans sa vieille voiture aux portières bloquées. La seule chose à faire est de retourner, le temps d’y voir plus clair, dans sa famille avec laquelle il avait pris depuis longtemps de la distance. Mais là, si en apparence tout est intact, en réalité, bien des choses ont changé. Le père a lâché l’entreprise qu’il dirigeait et consacre l’essentiel de son temps au golf, la mère se passionne pour les techniques chamaniques. Sa sœur a laissé ses études en plan pour s’occuper de dauphins dans un parc aquatique et Alberto, le frère aîné dont le couple chavire, a repris sans conviction l’entreprise familiale de cerises à l’eau de vie au bord de la faillite
Alors qu’il était revenu chez lui en visiteur, Stefano est amené à s’occuper des uns et des autres et à voler au secours du désarroi de chacun. Et le voilà à l’œuvre, lui qui s’en serait cru incapable. Et c’est là où le film prend toute son épaisseur. Si le personnage de Stefano et les situations qu’il provoque restent dans la tonalité de la comédie, celles-ci fonctionnent sur une toile de fond de plus en plus grave. Et on se demande si Ciao Stefano est un film drôle qui devient sérieux ou si c’est un film sérieux qui fonctionne sur une drôlerie de survie.
On rit souvent, on sourit beaucoup. On est sous le charme d’un personnage vulnérable quand il doit dépasser ses limites, sa flemmardise et son indifférence naturelles pour faire preuve d’efficacité. On a le temps de s’attacher à des personnages secondaires tous bien dessinés, émouvants et drôles eux aussi. Et on retrouve dans le dosage fantaisie-gravité, dans les rupture de ton, dans le réalisme cruel et dans l’émotion, l’essentiel du regard qu’ont porté sur leur société, les grands représentants du cinéma italien populaire.
Francis Dubois

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