Evènements culturels, festivals, grands entretiens...

Festival international du court métrage

"Clermont Ferrand 2010" (du 29 janvier au 6 février)

Alors que le Festival avait choisi d’honorer le Cinéma marocain, le préfet du Puy de Dôme expulsait Salima Boulhazar, orpheline marocaine de 18 ans, arrivée en France avec sa sœur jumelle il y a 5 ans et dont les cartes de séjour n’ont pas été renouvelées. Les deux sœurs préparent un CAP en apprentissage. Salma Boulhazar, hospitalisée au moment de l’arrestation de sa sœur a fui l’hôpital et se cachait [1]. D’autres étudiants étaient aussi menacés d’expulsion.
Alors ? choix délibéré des programmeurs ou tendance du court métrage ? pas moins de 6 films dans la compétition internationale et 2 dans la nationale traitaient des immigrés clandestins.

Mais s’il y a une dizaine d’années, on pouvait rire -jaune- mais rire quand même (cf "Ein Pruch" film suisse, prix Canal+ en 2003), la tonalité est cette fois-ci, nettement plus noire. C’est plus que jamais le pot de terre contre le pot de fer et si la révolte gagne, les difficultés pour agir reprennent le dessus. Dans "Run with Abdul", documentaire relatant les tribulations d’un jeune afghan, l’implication des trois réalisateurs se rendant responsables de l’échec du passage d’Abdul en Grande Bretagne est touchante mais le résultat (excepté au plan humain) est de peu d’effets !

Mais Clermont, c’est aussi une fête.

© Michel Vasset pour Sauve Qui Peut le Court Métrage

Celle des festivaliers (plus de 145 000 entrées cette année) jouant à une étrange bataille navale avec les références des différents programmes. "F28 c’est nul, L9 c’est moyen, mais le dernier est bien, par contre j’ai pas encore vu I25 mais c’est le meilleur du festival"...
C’est aussi le plaisir de retrouver certains cinéastes dont le festival suit les travaux avec intérêt. Le belge Olivier Smolders (grand prix section labo avec "Petite anatomie de l’image") et le français Mikhaël Hers sont rejoints par l’indien Umesh Kulkarni avec deux films en compétition dont "Vilay" qui met en parallèle la déconstruction d’un bâtiment remplacé par un immeuble moderne et les derniers instants d’une vieille dame observée par un jeune homme à la recherche de son passé et de son identité.
C’est enfin l’espoir de retrouver avec l’ « Electric Palace », le lieu qui remplacera la mythique brasserie de la toujours fantomatique gare routière désertée depuis 2006.
A côté de la compétition, Clermont présente diverses sections : Afrique, Maroc comme pays invité, les zombies comme thématique (plus de 9000 spectateurs), la section clip devenue "Décibels" avec un beau programme consacré à Fredo Viola... et quelques nouveautés : les courts de rattrapage consacrés à Luc Moulet et Lorenzo Recio, le Court d’histoire avec la projection de "Nuit et brouillard" d’Alain Resnais. Minuit Rose, consacré aux films porno tournés par des femmes, connut un grand succès public (400 spectateurs refusés !!!) mais, déception, seul "Enculées" de Laetitia Masson apportait une note nouvelle.

Quelques chiffres provenant de statistiques établies à partir d’une enquête auprès des entreprises de production des 533 courts métrages ayant obtenu un visa d’exploitation cinématographique du CNC (il y en avait eu 473 en 2008, 457 en 207 et 401 en 2006) :
76 % d’entre eux sont des fictions, 15% des documentaires, et 9% des animations.
62% des tournages se sont déroulés en France, 55% ont été tournés sur support numérique
70% des réalisateurs sont de sexe masculin et 74% d’entre eux ont moins de 40 ans.
Le CNC a financé les films à hauteur de 53,4% et les Collectivités locales -Régions, Départements et Municipalités- à hauteur de 22,3 %.
Les autres sources de financement -Sociétés civiles, Procirep, Adami, SACD- sont intervenues à hauteur de 3,5%.
Francis Dubois
– Mars 2010

Notes

[1Salima Boulhazar, 18 ans depuis avril 2009, arrêtée à son domicile et placée depuis le 19 janvier dans la prison administrative pour étrangers de Lyon, a été expulsée jeudi 4 février, au mépris de la mobilisation de tout un département. Hospitalisée au moment de l’arrestation, sa sœur jumelle, Salma, a fui l’hôpital et s’est cachée. Toutes deux, orphelines, vivaient chez leur tante qui les avait accueillies en France alors qu’elles avaient 13 ans. Une demande de titre de séjour déposée avant leur majorité avait été rejetée en juillet dernier. Après plusieurs semaines de mobilisations, Salima a pu retrouver sa seule famille à Clermont le 7 mars – voir le site RESF www.educationsansfrontieres.org

Autres articles de la rubrique Evènements culturels, festivals, grands entretiens...

  • « Festival des Écoles du Théâtre Public »
    Ce festival, qui a désormais 10 ans, était né du désir de François Rancillac, directeur de l’Aquarium, d’offrir une vitrine aux spectacles de sortie des jeunes comédiens et comédiennes issus des écoles... Lire la suite (5 juin)
  • « Arabofolies »
    Du 7 au 16 juin, l’IMA vit une métamorphose. L’Institut sort de sa léthargie à intervalles réguliers pour faire bouger les piliers de ses fondations. Ils prennent l’air, aborde de nouveaux rivages,... Lire la suite (30 mai)
  • « Parade(s) »
    Comme chaque année depuis 1990, le festival des arts de la rue met en fête la ville de Nanterre pendant trois jours. Entièrement gratuit, il invite une quarantaine de compagnies et environ 250... Lire la suite (24 mai)
  • « Festival Traverse »
    Ce festival est l’héritier du festival Contes en chemin. On y retrouve les balades contées et les petites formules qui avaient fait le succès du festival. Toujours organisé par la communauté de... Lire la suite (24 mai)
  • Intimité publique
    A travers la lecture de leurs carnets, de leur correspondance, de journaux, on entre dans l’intimité de peintres célèbres, Delacroix, Picasso, Frida Khalo, Nicolas de Staël, etc. Les 23, 24 et 25... Lire la suite (13 mai)