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Un film de Maja Milos (Serbie)

"Clip" Sortie en salles le 17 avril 2013

Jasna est une lycéenne de 16 ans que les études et la vie de famille ennuient. Étrangère au surcroît de travail de sa mère et à la grave maladie respiratoire dont souffre son père, elle n’a en tête que l’envie de faire la fête, de traîner avec les autres de sa bande et de se filmer en permanence avec son téléphone portable.

Lorsqu’elle rencontre Djole, un garçon de son école, elle en tombe amoureuse folle. C’est un être charismatique et macho, qui, utilisant la dépendance de Jasna à son égard, la soumet totalement à son désir.

Prête à tout pour lui plaire, l’adolescente va sombrer dans tous les excès de l’alcool, du sexe et bientôt de la drogue.

Un jeu pervers s’engage entre les deux jeunes gens mais les exigences de Djole envers Jasna ne serviraient-elles pas à masquer l’attachement profond du garçon pour la jeune fille ?

Lorsqu’elle a pris connaissance qu’il circulait de nombreux clips réalisés par des adolescentes filmant avec leur téléphone portable le déroulement de soirées sauvages, de prises de drogues, ou de scènes de sexe, est née chez Maja Milos l’idée de réaliser un film autour de ce phénomène singulier mais de plus en plus répandu, même s’il n’est pas généralisé.

Cette manière, pour les jeunes, de canaliser leur énergie par des excès, de mordre le trait, de transgresser la base même des codes moraux, traitée de façon frontale et fidèle à des comportements réels, pouvait donner lieu à la peinture d’une génération décomplexée se livrant à toutes sortes de dérives banalisées par la disparition des limites ordinaires dans de nombreux domaines.

Jasna, dans son entreprise de séduction, laisse la bride sur le cou à son désir et ne s’impose aucune retenue.

Vivant au sein d’une famille plutôt traditionnelle, entourée d’un père, d’une mère et d’une cadette plutôt aimants et disponibles en dépit des difficultés qu’ils traversent, elle aurait pu garder les traces d’éducation ou de respect de soi, un lien avec l’amour filial ou avec les règles les plus élémentaires de dignité.

En laissant aller son personnage à la dérive, Maja Milos, qui s’interdit de faire un film social ou de propagande, décrit-elle la perte de repères et le désespoir des jeunes générations aujourd’hui ? En Serbie plus qu’ailleurs ? Et si oui, pour quelles raisons ?

Jasna est-elle l’exemple isolé d’une soumission sexuelle, persuadée que sa façon bestiale de s’offrir est l’image que son ami attend d’elle ou bien, plus généralement, la permissivité qui semble régner autour des bandes de jeunes, la démission des familles, l’insouciance ou le désarroi, engendrent-ils une explosion des mœurs quasi suicidaires ?

La responsabilité incombe-t-elle à la société, à un avenir peu prometteur ou à ces nouvelles façons de communiquer qui ont sans doute profondément modifié la perception de l’intimité, ou à un écart générationnel qui se serait creusé avec la guerre et la crise économique ?

"Clip" sera sans doute interdit aux mineurs à cause de nombreuses scènes de fellation, de sodomie et autres moments de soumission féminine. L’audace dont fait preuve ici Maja Milos, la frontalité avec laquelle elle aborde ce qui est aussi, et n’est peut-être, qu’une histoire d’amour ne seraient-elles pas un peu vaines ?

Filmé de façon plus "prudente" "Clip" aurait peut-être, en accentuant le thème social, pu être un arrêt sur image dans la description d’une jeunesse égarée dans son passé et dans son futur.

Francis Dubois

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