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Un film de Séverine Cornamusaz (France)

"Cœur animal" Sortie en salles le 11 novembre

Paul et Rosine sont un couple de fermiers désassortis. Lui, d’origine paysanne, est un rustre, un homme silencieux, fermé. Elle, d’origine citadine s’est adaptée à une existence rude et éprouvante entre la traite des vaches, la fabrication des fromages, le nettoyage des étables. L’amour qui les unit, bien réel mais enfoui, résistera-t-il longtemps aux silences persistants de Paul, à ses manifestations de violence et à la lente lassitude de Rosine.
L’arrivée d’Eusébio, un ouvrier espagnol que Paul embauche pour le seconder, apporte un temps, un peu d’oxygène. Rosine noue avec lui une relation toute amicale et s’appuie sur cette présence pour donner un nouvel élan à son existence terne.
Mais Rosine tombe malade. Elle doit être hospitalisée et Paul ne sait pas réagir devant l’épreuve…
La trame est simple et le film repose sur très peu d’éléments : le déroulement des journées, un décor de montagne et l’humeur contrastée et fluctuante qui ponctuent les rapports entre les deux, puis entre les trois protagonistes. La brutalité et les comportements archaïques de Paul entretiennent l’impression d’une sorte de danger permanent, de risque de voir à tout instant l’histoire du couple basculer dans le sordide. Qu’il fasse l’amour à sa femme ou qu’il la batte, les gestes de Paul entretiennent le sentiment tenace d’une menace. Paul redoute tant les émotions qui le tenaillent qu’il prend sans cesse les devants pour les taire et les neutraliser, et Rosine accepte d’être une victime à peine rebelle car elle a depuis toujours décelé chez son mari l’authenticité des sentiments qu’il refoule. Tellement enfouis qu’il finit par les ignorer lui-même.

L’arrivée d’Eusébio tout en remédiant à la solitude du couple, lève le voile sur la réalité des sentiments. Même s’il rudoie Eusébio, Paul laisse transparaître l’amitié ou l’admiration que lui inspire l’ouvrier et leurs affrontements ébranlent Paul beaucoup plus qu’il ne le laisse paraître.
Severine Cornamusaz, dont "Cœur animal" est le premier long métrage, n’a pas choisi un sujet facile. Le déroulement de la vie rustique, le rituel des travaux de la ferme supportent mal les défauts de reconstitution et même si un soin particulier est apporté ici pour rendre authentiques les gestes et les manières, elle ne réussit pas à évacuer complètement une légère impression d’artifice.
Ceci dit, le film se voit avec plaisir, les personnages sont attachants et l’alpage est magnifiquement photographié.
Francis Dubois

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