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Un film de Roberto de Paolis (Italie)

« Cœurs purs » Sortie en salles le 3 janvier 2018.

Agnèse et Stefano vivent tous deux à Rome mais dans deux mondes que tout oppose.

Elle, tout juste dix-huit ans, a été élevée dans le pur respect des lignes de la religion catholique et vit auprès d’une mère qui lui demande de prononcer des vœux de chasteté jusqu’au mariage.

Elle et sa mère se dévouent aux autres et militent dans une association qui intervient auprès des camps de réfugiés.

Lui, Stefano a grandi entre un père éternellement au chômage et une mère qui tente d’ éviter d’avoir à quitter l’appartement qu’ils occupent faute du paiement du loyer.

Stephano a vingt cinq ans. Il a grandi entre vols et petits trafics mais depuis peu, il s’efforce de s’affranchir de son milieu en acceptant un travail de vigile.

Lorsque Agnèse et Stephano se rencontrent, se dessine, avec l’amour pur qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, l’espoir d’une vie nouvelle.

Cinéma : Cœurs purs

Pour préparer l’écriture de son film, Roberto de Paolis a longuement prospecté dans la périphérie urbaine romaine. Il s’est rendu dans les centres sociaux, les camps de Roms mais également dans les églises pour y prendre la mesure de ce qu’est la communauté chrétienne d’aujourd’hui.

Il a retenu des faits divers survenus dans le Tor Sapienza à l’Est de Rome où sont concentrés des camps de Roms et des camps de réfugiés souvent mis en opposition, des citoyens italiens sans emploi en perpétuel danger d’expulsion de leurs logements.

Et c’est de cette façon que le film qui raconte la rencontre amoureuse de deux jeunes gens s’est trouvée doublé d’une approche fortement documentaire.

«  Cœurs purs » est devenu un objet hybride dont le récit porte à la fois sur « la peur de l’autre » et de façon contradictoire sur le désir qu’on peut ressentir « pour l’autre » et sur la nécessité, pour se réaliser, d’échapper à sa propre identité.

Stefano prend conscience de la précarité à laquelle il est peut-être voué quand, depuis le parking de supermarché qu’il est chargé de surveiller, il est quotidiennement confronté, avec le camp de Roms voisin, à ce qu’il a peur de devenir. Une marginalisation qui le guette.

Et c’est l’amour qu’il éprouve pour Agnese qui lui apporte, au bout d’une existence désordonnée et chaotique, cette soudaine lucidité.

La jeune fille, elle, est totalement immergée par la foi chrétienne et l’idée de la pureté dans laquelle elle a été élevée..

Quelque chose de constructif est-il possible entre deux êtres chargés du poids de leurs origines difficilement compatibles ?

Le film de Roberto de Paolis prouve que c’est possible et il arrive, dans le déroulement de son récit, sans jamais tomber ni dans la sensiblerie ni dans l’angélisme mais avec infiniment de délicatesse dans l’enchaînement des situations et dans le tracé de ses deux personnages, à rendre plausible la rencontre de ces deux êtres et à les faire se rapprocher en dépit de tout ce qui les différencie, en conservant la même pureté.

Peut-être parce que les cœurs purs d’ Agnese et Stefano sont des cœurs pleins de détermination, peu enclins au mystère, peu disposés à des concessions qui les amèneraient à devenir autre chose que ce qu’ils sont.

Il est probable que la méthode du metteur en scène qui a consisté en un travail d’improvisation des acteurs a été déterminant.

Confrontés à cette « liberté » de jeu qui les a parfois amenés hors des limites du scénario, les comédiens ont été « contraints » à une spontanéité et à une interaction avec l’environnement, qui donnent au film une authenticité pour la part documentaire d’une part mais qui, dans le même mouvement d’improvisation, s’est étendue à l’histoire d’amour.

Francis Dubois

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