Ecole du socle ou école des savoirs fondamentaux, ruralité et expérimentations

US n°787

Collège (EPLESF) : école fondamentale, Le retour ?

Le projet Blanquer dans le prolongement de l’école du socle légitime la fusion entre école et collège.

Nouvel avatar de la loi « Pour une école de la confiance », l’Établissement public local d’enseignement des savoirs fondamentaux (EPLESF) rassemblera écoles et collège dans la même structure.

Sa dénomination affiche déjà ses objectifs étriqués : « lire, écrire, compter et respecter autrui ». Il pourra être mis en place au gré des collectivités locales, probablement davantage en milieu rural et dans les quartiers politiques de la ville (sous le label « cité éducative »). Une école de la relégation qui ne concerne pas tous les élèves. De quel modèle s’inspire-t-elle ?

Retour sur...

La création du « collège unique » (loi Haby, 1975) est l’aboutissement d’un débat entre deux projets pour l’enseignement secondaire : l’« école fondamentale », sans rupture entre l’école et le collège avec un corps unique d’enseignants du premier degré, s’opposait à l’« école progressive » cherchant à démocratiser l’enseignement secondaire et la poursuite d’études, en développant au plus haut niveau les enseignements. C’est le second projet, porté par le SNES-FSU, qui a été mis en œuvre.

Par la suite, une partie des projets gouvernementaux concernant le collège ont eu pour objectif un rapprochement du premier et du second degré tirant vers le modèle de l’« école fondamentale ». La loi d’orientation de 2005 a instauré le « socle commun de connaissances et de compétences », minimaliste pour les élèves en difficulté. Des rapports (Haut Conseil à l’Égalité, Grosperrin, Terranova, jusqu’à celui de la « mission ruralité » Mauhourat-Azéma) prônaient la fusion des structures écoles-collège sous le nom d’« écoles du socle », les échanges de services entre professeurs des premier et second degrés, ainsi que la polyvalence de ces derniers. Dès 2006, certains professeurs sont poussés vers la polyvalence en expérimentant l’« enseignement intégré de sciences et technologie » (EIST) en Sixième, puis avec la globalisation des horaires de ces disciplines en 2016, sous prétexte de faciliter l’adaptation des élèves à une équipe de professeurs disciplinaires. Dans le même temps, les élèves de primaire voient le nombre d’intervenants augmenter sans que cette contradiction ne trouble le ministère (huit en moyenne d’après Julien Netter dans L’École fragmentée).

La « Refondation » et ses suites

Si la loi de refondation de 2013 a permis la rédaction d’un socle com­mun de connaissances, de compétences et de culture plus ambitieux, elle a aussi imposé la création d’un cycle 3 (CM1-CM2-Sixième) et de conseils inter­degrés.
Quant à la liaison collège-lycée, elle n’a jamais été aussi délaissée au profit d’une vision « bac–3/bac+3 » qui divise le second degré en deux blocs.
Des expérimentations d’« école du socle » avec échanges de service ont fleuri récemment en zone rurale, au mépris des statuts des professeurs. Ce sont alors souvent des élèves de CM1-CM2-Sixième qui sont mêlés puis divisés en groupes dont s’occupent en parallèle professeurs des écoles et professeurs de collège (sciences, LV...).

Ce n’est pas tant au bénéfice des élèves qu’elles sont mises en œuvre que dans une optique de gestion flexibilisée des ressources humaines. Les idées de polyvalence et de services panachés nient la spécificité de l’enseignement de chacun des degrés et tendent à recréer un système qui n’a jamais fonctionné.
Le SNES-FSU continue de porter le projet de démocratisation du collège, qui limite les déterminismes sociaux et permette l’émancipation de l’ensemble des élèves, dans le respect des métiers des professeurs. Il demande le retrait de l’article de loi portant sur les EPLESF.

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