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Un film de Eva Trobisch (Allemagne)

« Comme si de rien n’était » Sortie en salles le 3 avril 2019.

Janne est l’image même de la femme moderne, libérée, éduquée, rationnelle, quelqu’un qui réclame d’être et de rester elle-même en toutes circonstances. Lors d’une fête entre amis et anciens camarades, sa vie va basculer. Malgré l’agression dont elle a été victime, elle va rester stoïque et se donner l’illusion qu’il ne s’est rien passé de grave dans sa vie. Elle va refuser de se considérer comme une victime. Mais jusqu’à quand pourra-t-elle rester en toute sérénité sur la ligne du déni ?

Le scénario du film, à l’origine de son écriture, ne mentionnait pas le viol alors que dans sa version finale, il est au centre du récit qui va se dérouler du point de vue de Janne.

Il est intéressant de savoir que, dans la seconde phase de l’écriture du scénario, la scène maîtresse du film est celle où, alors qu’elle se trouve sur le palier et que Piet refuse de lui ouvrir la porte, Janne pour l’en convaincre, ôte ses vêtements jusqu’à la nudité et les glisse dans la fente de la boîte aux lettres.

C’est à partir de cette scène qui donne la clé du personnage de Janne que celle-ci a été définie comme quelqu’un qui réclame le droit d’être qui elle veut et ne veut être contrainte de quoique ce soit ni de qui que se soit.

Cette scène qui fait définitivement de Janne un être positif capable de gérer toutes les situations auxquelles elle peut être confrontée, pose du même coup la question de la force et des limites de sa détermination à nier.

De la même façon que Janne refuse de prendre en compte l’agression dont elle a été la victime, d’apparaître comme une victime ou une perdante, Eva Trobisch, la réalisatrice refuse l’idée d’avoir avec «  Comme si de rien n’était  » réalisé un film sur le thème du viol.

L’autre personnage « porteur » du film est celui de Martin, l’ami agresseur qui s’ajoute au personnage de Janne et d’une certaine façon lui apporte un autre éclairage.

Au fur et à mesure que Janne lutte pour se libérer de l’image de la victime, Martin s’enfonce dans la culpabilité sans savoir comment procéder pour se libérer du poids de l’acte qu’il a commis, passant du désir de silence au besoin de parole.

La force du film si elle est dans son sujet, est aussi dans la façon dont il est traité, dans la façon dont Eve Trobisch a construit son récit et dans la façon, grâce à de courtes séquences « en creux » qui n’ont jamais l’air de servir le sujet de façon frontale mais qui, d’apparence anodines à première vue, en s’ajoutant, créent un autre type de narration.

La construction du récit de «  Comme si de rien n’était  » est totalement liée au jeu de la comédienne qui incarne Janne dont la part du silence va avec le refus de la mise en scène d’utiliser des séquences saillantes qui pourraient surligner le tracé dramatique du récit.

L’harmonie entre la construction du récit, la respiration de la mise en scène, le jeu souvent mutique de la comédienne font de «  Comme si de rien n’était  » un « exercice » de cinéma virtuose dont il se dégage à égalité, sans avoir recours au moindre effet, autant de tranquillité que de violence.

« Comme si de rien n’était  » n’est pas, selon la formule consacrée, un premier film prometteur. C’est un premier film totalement abouti.

Francis Dubois

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