Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Alvaro Brechner (Espagne-France-Argentine-Uruguay »)

« Companeros » Sortie en salles le 27 mars 2019.

En 1973, l’Uruguay bascule dans la dictature. Des opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire.

Le film de Alvaro Brechner s’attache aux terribles conditions d’internement de trois d’entre eux : José Mulica, un guérillero des Tupamaros dans les années 60-70, Mauricio Rosencof journaliste, dramaturge poète et écrivain uruguayen qui fit partie de la direction des Tupamaros et Eleuretio Fernandez Huidodro, ex-dirigeant des Tupamaros et sénateur uruguayen qui le resta jusqu’à sa mort en 2016.

Le mouvement Tupamaros émerge au début des années 60 alors que la situation politique du pays est entre les mains de deux partis traditionnels de droite et qu’aux élections de 1962 les deux rassemblements marqués à gauche n’obtiennent à eux deux que 6% des voix.

C’est dans un contexte de grande violence où des groupes d’extrême droite attaquent les locaux universitaires, les permanences du Parti communiste et assassinent certains de leurs membres, que se crée une structure clandestine armée pour se préparer à un éventuel putsch. La dimension défensive des Tupamaros est ensuite vite remplacée par un idéal révolutionnaire.

Cinéma : Companeros

En 1971, à la suite d’élections corrompues avec le soutien des États-Unis de Nixon, le Président Juan Maria Bordaberry est élu. Il devient le premier dictateur de l’Uruguay. C’est alors, après une confrontation sanglante entre pouvoir et Tupamaros que les opposants au régime sont défaits et que commence dans des conditions inhumaines la détentions de ceux, hommes et femmes, qui ont résisté.

L’Uruguay s’allie à d’autres dictatures sud-américaines et l’Opération Condor avec le soutien des États-Unis lance une offensive internationale d’assassinats et de lutte anti guérilla ayant pour but de poursuivre partout et jusqu’en Europe les dissidents politiques de gauche.

« Companeros  » répond à la question « Que reste-t-il d’un homme lorsqu’on lui enlève tout ? Que coupé du monde, du temps, de tout élan, du moindre élément matériel auquel s’accrocher, il en arrive à âtre trahi par ses propres sens. »

Le film d’Alvaro Brechner est un long voyage vers les ténèbres, l’épreuve totalement inhumaine de dégradation mentale et physique qu’ont traversée douze années durant, au quotidien, des hommes qui ont dû se réinventer à partir des vestiges de leur condition humaine.

Au delà d’une méticuleuse reconstitution historique des faits, le film fait ressentir sur le plan esthétique et sensoriel l’expérience de la survie et de la lutte intérieure que mènent les trois personnages.

La mise en scène a été conçue pour plonger le spectateur à leurs côtés dans le combat pour la conservation de leur humanité.

L’acharnement cruel sur les trois dissidents donne lieu à des séquences et scènes parfois difficiles à soutenir et qui vont au-delà des limites de la cruauté.

Mais faut-il pour autant fermer les yeux sur une réalité ?

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Les Grands voisins. La cité rêvée »
    Maël est un artiste peintre sans papiers, Adrien est luthier et musicien. Eux et d’autres résidents de tous crins et venus de tous les horizons ont donné naissance à une utopie moderne en plein cœur... Lire la suite (14 mai)
  • « The room »
    Kate, elle traductrice et Matt artiste peintre, un couple de trentenaires dans l’impossibilité d’avoir un enfant, lassés d’une existence citadine s’installent dans une maison isolée qu’ils ont achetée... Lire la suite (14 mai)
  • « Benni »
    Benni est une fillette de dix ans enfermée depuis sa petite enfance dans un état d’ instabilité, une suractivité permanente et des accès de violence qu’elle ne parvient pas à contenir. Prise en charge... Lire la suite (17 mars)
  • « Le cœur du conflit »
    Un cinéaste japonais et une cinéaste française décident de faire ensemble, non pas un enfant qui serait jeté en pâture à une société offerte à un avenir de plus en plus inquiétant, mais un « enfant... Lire la suite (11 mars)
  • « Femmes d’Argentine »
    En Argentine l’IVG est interdite et les femmes qui la pratiquent clandestinement peuvent encourir des peines de prison si elles sont dénoncées. Toute hospitalisation pour traiter les séquelles d’un... Lire la suite (10 mars)