Langues régionales

Compte-rendu du colloque FLAREP 2019

Colloque de la FLAREP 2019 - Saint-Jean-de-Luz

« Langues régionales et d’Outre-Mer :

les oubliées de la nouvelle Education Nationale ? »

Le SNES-FSU s’est rendu au colloque de la FLAREP, qui est toujours un moment important pour les langues régionales.

Le colloque s’est déroulé au fil de conférences et tables-rondes sur le rôle des Collectivités Territoriales dans l’enseignement des LR, la formation des maîtres, le bilinguisme et la valorisation des langues d’Outre-Mer. Programme sur : flarep.com

Parmi les participants (environ 60 personnes issues de diverses associations de parents, d’enseignants, d’organismes des différentes langues). L’occasion de rencontres avec des collègues de langues régionales et notamment des collègues syndiqués au SNES-FSU et au SNUIPP-FSU. j

Lors de la première journée, deux enseignantes certifiées de basque témoignent à la tribune de leur situation de souffrance profonde, de la dégradation brutale de leur enseignement et de leurs services. Ces situations font écho à ce que nous connaissons des enseignants d’occitan : abandons, dépressions, burn-out, changement de valence...

D’ailleurs, dans le conseil d’administration de la FLAREP, en préambule au colloque, le problème de la réforme des lycées était apparu comme le plus grave, après les dégradations subies suite à la réforme des collèges.

Table ronde sur les conséquences de la réforme sur les Langues régionales

Animée par Gilbert Mercadier, Président du Congrès Permanent de la Langue Occitane (https://www.locongres.org/fr).

Préambule

Constat que la réforme du bac a des conséquences catastrophiques sur l’enseignement des nos langues.

Le SNES-FSU communique les chiffres ministériels provisoires concernant le nombre d’inscrits dans les spécialités. Le chiffre de 87 inscrits dans la spécialité Langues Littérature et Cultures Régionales au niveau national est sans appel : c’est catastrophique.

Le but de la table ronde est de faire le bilan de la rentrée et de recueillir les propositions d’actions pour les fédérer.

Premier tour de table au sujet de la spécialité LLCR (EDS) : remontées de terrain

Constat : cette spé a été ouverte trop tardivement l’an dernier, après la publication des plaquettes d’information du nouveau bac et alors que les élèves de 2nde avaient déjà fait leurs choix. Il a fallu informer à la va-vite et recruter les élèves dans de mauvaises conditions. Ce problème d’information des familles et des élèves, ajouté au problème de calendrier n’a pas été favorable et contribue au peu de succès de cette spé.

Un collègue d’occitan de Nice précise que dans ces conditions il aurait mieux valu ne pas accepter la création de cette spé, car elle met les LR en grande difficulté, même si on déplorait que les LR soient les grandes oubliées du nouveau bac.

- breton : 1 ouverture de spé LLCR dans un lycée de Quimper, 11 élèves. (6 lycées ont une filière bilingue breton),

- gallo : 0 ouverture. L’enseignement du gallo n’existe qu’en option facultative et selon ses représentants est menacé de disparition.

- basque : 2 ouvertures de spé, 25 élèves

- corse : nombre d’ouvertures non connu. Le nombre d’inscrits serait de 40 élèves.

- catalan : 2 ouvertures de spé à Perpignan, 8 élèves. Mais avec un aménagement sur un lycée de Perpignan, fusion de la spé avec LVB bilingue et LVC facultative, afin de regrouper les effectifs. Alignement des horaires.

Sur la demande formulée au recteur par le chargé de mission d’inspection de catalan, qui attend une réponse officielle.

Ces chiffres correspondent bien à ceux du ministère.

L’assemblée souligne le cynisme du ministre Blanquer qui avait annoncé la création des spé LLCR comme valorisant les langues de France : les chiffres montrent l’échec total de cette concession tardive.

Pour le SNES-FSU, d’une manière générale le nouveau bac accentue les inégalités territoriales et sociales dans la proposition de l’offre de formation. L’exemple de la création des spé LLCR le montre : ouvertures dans les gros établissements des grandes villes seulement et dans les lycées du centre, qui recrutent dans les milieux les plus aisés. Les périphéries, les zones rurales et les lycées de moindre taille n’ayant pas les moyens d’ouvrir un grand nombre de spé. Or l’enseignement des LR s’est jusqu’à présent implanté plus largement sur le territoire.

Par ailleurs, la spé LLCR est très littéraire et touche de ce fait un nombre restreint d’élèves.

Autres problèmes soulevés :

- impossibilité de choisir l’ordre des langues à l’inscription au baccalauréat et de prendre la LR en candidat libre alors que c’était possible auparavant

- refus de certains établissements d’ouvrir la LVB.

Propositions d’aménagements de la réforme pour revaloriser les LR

Le SNES-FSU évoque la proposition faite à Rennes : l’enseignement de la spé HGGSP en langue bretonne (suite logique des filières bilingues du collège). Cette demande a été soutenue par le SNES-FSU de Rennes, mais refusée par le recteur. Le SNES-FSU de Rennes réitèrera le demande en 2020.

l’OPLB (Office Public de la Langue Basque) a l’intention de demander sur la base de la maquette du bac international l’enseignement en basque de une ou plusieurs disciplines du tronc commun (HG, EMC, EPS, enseignement scientifique) + 3h de langue basque ce qui permettrait de créer un bac avec mention (sur le modèle du bac international). Cette solution demanderait des moyens fléchés et un profilage des postes.

Un enseignant détaché à l’OPLB, précise que l’ancien recteur d’Aquitaine n’était pas opposé à l’enseignement des LR en tant que DNL dans toutes les disciplines.

Une collègue de catalan témoigne de l’aménagement qui a été fait sur 2 lycées de Perpignan (voir ci-dessus).

Débat sur la pertinence de ces aménagements. Quelle est la meilleure solution à retenir pour formuler une proposition commune au ministère ?

Deuxième tour de table au sujet de la LVC ou option facultative

Remontées du terrain : chute des effectifs entraînant la fragilisation et la fermeture des enseignements.

En cause : la dévalorisation au bac des options facultatives. En rapport avec le volume horaire de 3h, peu « rentable » pour les élèves, qui délaissent cet enseignement même quand ils le suivaient depuis le collège, puisqu’il ne rapporte presque plus rien en terme de points.

- Nice : chute de 45% des effectifs prévue d’ici 2 ans dans un lycée (témoignage d’un collègue)

- Toulouse : chute de 70% des effectifs prévue d’ici 2 ans dans le lycée d’un collègue. Disparition de l’enseignement de l’occitan dans 7 lycées de l’académie à la rentrée 2019.

- Académie de Bordeaux, département de la Gironde : baisse prévue de 50% d’ici 2 ans.

- Les enseignants de gallo prévoient la fermeture de l’enseignement d’ici 2 ans.

Consensus de l’assemblée pour demander une revalorisation de l’option facultative des LR sur le modèle de LCA.

*****

En clôture du colloque, le président de la FLAREP, Thierry Delobel, annonce que la FLAREP va rédiger un courrier solennel aux ministres de l’EN, de la Culture et d’Outre-Mer pour demander instamment des modifications du nouveau bac revalorisantes pour l’enseignement des LR.Retour ligne automatique
Il demande à toutes les associations et organismes présents de faire remonter rapidement des propositions simples et pragmatiques.

Estèle Lame
SNES-FSU, secteur contenus pour les langues régionales

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