Année 2017-2018

Compte-rendu stage réforme du lycée du 17 mai 2018 (Nantes)

La section académique de Nantes a organisé jeudi 17 mai 2018 un stage sur le réforme du lycée qui a réuni une quarantaine de collègues. Ce stage a été l’occasion de (re)détailler les mesures prévues dans le cadre de cette réforme du lycée, de faire le lien avec les réformes du baccalauréat et de Parcours Sup et d’envisager des actions possibles pour mobiliser et poursuivre la lutte contre ce projet.

Ce compte-rendu a été rédigé à partir de notes prises simultanément à la diffusion d’un diaporama que vous trouverez en cliquant ici.

TROIS REFORMES, UNE LOGIQUE

La réforme est une triple réforme : celle de l’accès à l’université annoncée en septembre/octobre, Parcours Sup, et objet de pseudo-négociations à la façon du gouvernement actuel. Fin janvier, la commission Matthiot rend un rapport sur le bac, puis arrive ensuite la réforme du lycée.

Ces réformes nous permettent de comprendre maintenant très clairement le slogan du « continuum bac +3/bac -3 ». D’un côté, la logique de l’Ecole du Socle avec le rattachement du premier et du second degré, séparée d’un autre côté, correspondant au « continuum bac+3/bac -3 ». Le bac choisi définit l’orientation de l’élève et la voie dans laquelle il sera inscrit, aboutissant à une sorte de « tuyautage ».

LA REFORME DU LYCEE

Il est prévu que la réforme entre en application à la rentrée 2019 pour les secondes et les premières.

La voie générale

En voie générale, les séries L, ES et S sont supprimées et remplacées par un tronc commun assez restreint, coloré par des spécialités.

La seconde = cycle …, la première et la terminale forment le cycle terminal général.

Et les programmes ?

Des groupes de travail sont actuellement lancés pour refaire tous les programmes de lycée. Tout le processus doit être bouclé en … décembre 2018 ! La consultation des enseignants est prévue sur une semaine … !
Le Conseil Supérieur des Programmes a écrit une note d’analyse sur les contenus possibles que vous trouverez ici.

La seconde

En seconde, la nouvelle grille horaire comporte 26h30 d’enseignement, contre 28h30 à l’heure actuelle. Elle fait apparaître des enseignements communs (les SES deviennent un de ses enseignements communs), auxquels peuvent s’ajouter une ou plusieurs options. Mais l’enseignement Méthodes et Pratiques Scientifiques, ainsi que Littérature et Société et Informatique et Création Numérique (ICN) disparaissent, supprimant un certain nombre d’heures d’enseignement.

L’EMC
passe en heures annualisées ; à l’heure actuelle l’EMC se fait sur des heures dédoublées. Ces heures ne figureront donc plus dans les services des enseignants : un gain pour l’établissement mais pas pour les enseignants car cela correspond à une annualisation, qui implique que les heures soient faites.

Quel sera le contenu de l’enseignement de Sciences numériques et technologie, dont l’horaire est d’1h30 ?

D’après le CSP, il comporterait du codage, mais le flou est important. Il serait dispensé par des profs de maths et de technologie expérimentés, dit la note.

Accompagnement Personnalisé et Education au choix de l’orientation

L’Accompagnement Personnalisé n’est pas financé, alors qu’à l’heure actuelle, il l’est à hauteur de 2 heures. Lors de son instauration, son financement l’avait été en prenant des moyens sur les disciplines. Aujourd’hui, le financement disparaît mais n’est pas reversé aux disciplines qui avaient permis sa création … Le projet prévoit que le volume horaire soit déterminé en fonction des besoins des élèves : faut-il comprendre que cet AP sera payé en HSE ? Comment sera-t-il positionné dans nos services ? On voit bien néanmoins que ce sera un outil pratique pour ajuster les besoins et l’offre (les enseignants disponibles). Le contenu est limité aux maths et à la maîtrise écrite et orale de la langue française. Le DNB ne semblant pas être suffisant, une évaluation en début de seconde sera mise en place.

Nouveauté : l’éducation au choix de l’orientation avec un volume horaire de 54 heures, à titre indicatif. Ce volume indicatif correspondrait à 1h30 par semaine. Certains proviseurs ont déjà annoncé aux enseignants que les actions du type « Forum des métiers » entreraient dans la comptabilisation de ces 54 heures. La mention figurant dans le projet « le cas échéant, des personnes et organismes invités par l’établissement et qui peuvent être mandatés par le conseil régional » exclut les PSY-EN du processus d’orientation : le texte considère-t-il que nos collègues font partie des membres de l’équipe éducative ? A n’en pas douter, il faut lier cette formule à la suppression annoncée des CIO.

De plus, une telle formulation rend possible l’intrusion des Régions et d’organismes privés dans les cours.

La première et la terminale

Les enseignements sont organisés d’une part en un tronc commun, d’autre part de trois enseignements de spécialité en première et de deux enseignements de spécialité en terminale. S’y ajoutent éventuellement des options. Les TPE sont supprimés sans aucune compensation horaire et constituent la première perte sèche d’heures. En terminale, la préparation du « Grand oral » ne bénéficie d’aucune heure spécifique et devrait l’être sur le temps dévolu aux enseignements de spécialité.

Un « Enseignement scientifique » fait son apparition dans le tronc commun en première et en terminale. D’un volume horaire de deux heures, ce serait un enseignement intégré. La note du CSP le définit comme « la culture scientifique dont devrait disposer l’honnête homme du XXIème siècle » et consisterait en une connaissance et compréhension des grandes théories scientifiques, insisterait sur la dimension rationnelle et la méthode des sciences et techniques. Toutes les disciplines scientifiques y contribueraient. Qui serait chargé de cet enseignement ? La définition du CSP impliquerait qu’il revienne aux profs de philosophie. Mais après l’intervention des associations de sciences, on a observé un retour à l’ancrage sur les disciplines scientifiques. Ce serait donc plutôt les profs de sciences physiques, SVT, maths et informatique qui en seraient chargés.

Dans le tronc commun, exit les maths, les SVT et les sciences physiques : cela amène un tronc commun très réduit et les élèves pourront aller au baccalauréat en ayant abandonné les maths. Le constat est le même pour les SVT et les sciences physiques.

En fin de seconde, l’élève choisit trois enseignements de spécialité qui représenteront 12 heures au total (4 heures chacun) ; mais il faut que l’élève sache très vite celui qu’il va abandonner en fin de première. En terminale, le volume global reste à 12 heures mais sera réparti en deux enseignements de 6 heures chacun.

Parmi la liste des enseignements de spécialité au choix, une nouveauté : Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques.

En terminale, il y aura des options, parmi lesquels un enseignement de maths complémentaires, un de maths expertes, un de droit et grands enjeux du monde contemporain. On casse toute possibilité de mettre les disciplines en cohérence parce qu’il sera impossible d’écrire des programmes cohérents. Cette situation va conduire à la suppression massive de postes en maths car moins d’élèves choisiront les maths. Il n’y a pas de fétichisme pour nous dans les séries, mais elles répondent à une logique d’organisation. Elles sont pratiques parce que les programmes ne sont pas les mêmes : les maths enseignées en série S ne sont pas celles qui sont enseignées en ES.

Les options

Le choix des options ne sera pas totalement libre.

Les élèves pourront choisir une option d’enseignement général et/ou une option d’enseignement technologique. Il ne sera pas possible de choisir deux options d’enseignement général ou d’enseignement technologique. Seuls les enseignements de langues anciennes (latin et grec) pourront être choisis en plus d’une autre option, concession faite par le MEN vu la situation des langues anciennes en lycée.

Les enseignements technologiques proposés correspondent aux actuels Enseignements D’Exploration (EDE) mais les horaires ne sont toujours pas à la hauteur, héritage de la réforme Chatel. L’intervention du SNES-FSU lors des discussions a permis d’obtenir un enseignement « Management et gestion ». Néanmoins, le Ministère a indiqué vouloir réduire les flux d’élèves choisissant la série STMG

Les options vont donc se retrouver en concurrence les unes avec les autres : s’il sera possible de coupler une LV Italien avec l’option gestion, ou l’option théâtre avec les sciences de l’ingénieur, il ne pourra pas associer la LV italien avec l’EPS. Pour l’instant, il n’existe pas de cadrage des doublettes et des triplettes.

Il est évident que la liberté inscrite dans les projets ne sera pas traduite sur le terrain. Comme à l’heure actuelle, tous les établissements ne pourront proposer tous les enseignements. Il faut s’attendre à une carte académique qui définira quels établissements proposent quels enseignements. Chaque lycée pourra proposer une doublette ou une triplette d’enseignements originale pour être plus coloré. Limitée à une doublette ou triplette, les lycées en difficulté pourrait en proposer trois au lieu de deux. Et il est peu probable que la réforme ne soit un quelconque levier pour régler la ségrégation qui existe dans certaines agglomérations entre lycées de centre-ville et lycées de périphérie.

Cette situation risque fort d’exacerber la concurrence entre les lycées avec l’affichage, dans certains, de « triplettes originales », et également de conduire à un « déterminisme local », les élèves choisissant ce que leur lycée de secteur leur proposera.

Les élèves doivent se déterminer très tôt, trop tôt, sur ce qu’ils envisagent, alors que pour beaucoup, ils changeront d’avis. Les séries avaient le mérite de ne pas fermer trop de portes.

Liste des enseignements de spécialité : là, ça sent le parcours d’initiés...

Comment les classes seront-elles constituées ?

Sur la base du tronc commun ? Les programmes auront un impact déterminant, car si les programmes sont les mêmes pour tous, il sera possible d’augmenter les effectifs par classe.

Que vont devenir les options artistiques ?

Il n’y a pas de financement donné pour l’ouverture d’options. Il faudrait donc prendre sur la marge avec un choix – cornélien – entre les dédoublements ou les ouvertures d’options...

Sections européennes ? Sections internationales ?

Il n’est nulle part question des sections européennes. Elles n’apparaissent que dans les textes sur le bac. Les grilles ne comportent pas d’horaire de DNL. Le problème du financement de ces enseignements n’est donc pas réglé.

Pour les sections internationales, les inquiétudes sont moindres, car ces formations sont garanties par des accords internationaux.

La marge locale

En seconde, la marge laissée à l’autonomie des établissements est de 12 heures par semaine et par division ; ce minimum pourra être abondée par le recteur, uniquement à la hausse. En première et en terminale, la marge locale s’élève à 8 heures par semaine et par division. Après avoir listé tout ce qu’il faut prendre sur la marge, on en conclut que cette marge va être insuffisante et exposer les équipes à des dilemmes.

PENSER LES CONSEQUENCES D’UNE TELLE REFORME

L’exemple du lycée modulaire anglais

Le lycée modulaire anglais ne comporte pas de tronc commun. Les élèves choisissent librement les disciplines qu’ils étudient. Lorsque l’on observe les dix combinaisons les plus fréquentes, apparaît la prédominance des disciplines scientifiques. L’argument de l’éclatement de la hiérarchie des disciplines est risible au vu de cette prédominance. Le libre choix ne change rien en terme de domination numérique. Le lycée modulaire ne fait pas éclater la domination de la série scientifique. Le déterminisme du genre pèse également sur les choix de disciplines, ainsi que le niveau scolaire. Les hiérarchies entre les disciplines réapparaissent. La visibilité est moindre mais cela reste prégnant. De plus, le lycée modulaire anglais implique des parcours d’initiés en lien avec les attendus des filières universitaires : il faut avoir choisi, dès le début du lycée, les bons enseignements pour intégrer telle ou telle formation universitaire.

Dans la logique de l’individualisation, une telle organisation permet de renvoyer la faute de leur échec aux élèves : ces derniers auraient fait ces choix. La responsabilité du choix porte donc sur les élèves. Avec la réforme du lycée, on n’aura avancé sur aucun des problèmes du lycée, notamment le déséquilibre des séries.

Il est pourtant possible, en gardant le cadre des séries, de donner aux élèves la possibilité de « colorer » leur parcours. Ce qu’il faut commencer par faire, c’est de remettre en cohérence les programmes des disciplines. L’avantage de l’ancien système réside dans la spécialisation qui n’est ni trop poussée ni trop précoce. Avec le projet Blanquer, c’est le contraire : trop de spécialisation et trop tôt.

La voie technologique

Les épreuves du bac étant organisées sur le même modèle que le bac général, la voie technologique est restructurée comme la voie générale.

Série STMG : en première, les élèves ont 3 enseignements spécifiques : « Sciences de gestion et numérique », « Management » et « Droit et économie ». Il n’y a pas de grand changement. En terminale, les élèves ont deux enseignements spécifiques : « Management, sciences de gestion et numérique » et un enseignement spécifique parmi : « Gestion et finance », « Mercatique (marketing) », « Systèmes d’information de gestion ». Sur le papier, on n’observe pas de dégradation, plutôt une hausse des horaires des élèves. Si les effectifs se maintiennent, il n’y aura pas beaucoup de suppressions de postes. Mais il semble qu’il y ait volonté de diminuer le flux d’élèves s’orientant vers la série STMG. La « marge locale » est de 7 heures par division ((effectifs / 29) x 7).

Série STI2D : voir le diaporama (diapo 6).

Série ST2S : voir le diaporama (diapo 7).

Série STL : voir le diaporama (diapo 8).

LA REFORME DU BACCALAUREAT

Le ministre avance plusieurs justifications officielles à sa réforme du bac : ce dernier comporterait moins d’épreuves terminales, plus de place au Contrôle Continu (CC), le bac serait mieux articulé avec les études supérieures.

Epreuves terminales

Elles sont subdivisées en deux : 60% pour les épreuves terminales au nombre de 6 et organisées sur deux ans : l’épreuve de français écrit/oral en première, puis l’épreuve de spécialité 1, celle de spécialité 2, le grand oral et l’épreuve de philosophie en terminale.

Les épreuves de spécialité 1 et de spécialité 2 se dérouleraient au retour des vacances de Pâques. Après avoir passé la spécialité 1 et 2, les élèves feraient la préparation du grand oral pour fin juin en même temps qu’ils passeront la philosophie. Les profs de la spécialité 1 et de la spécialité 2 feraient cours et corrigeraient les copies ?!

Les épreuves de spécialité 1 et de spécialité 2 sont passées plus tôt pour pouvoir transmettre les notes à Parcours Sup. Les notes des partiels sont aussi transmises. Seules celles du grand oral et de l’épreuve de philosophie ne seront pas remontées à Parcours Sup.

Le jury du grand oral devait au départ être composé de trois membres (un universitaire, un membre issu du monde professionnel, un enseignant) ; finalement, il ne comportera que 2 personnes (dont au moins un prof de l’établissement, et éventuellement un 2ème, de l’établissement parce qu’il ne sera pas possible d’avoir quelqu’un d’un autre établissement !).

Contrôle continu

10% de la note du baccalauréat sera du contrôle local. Il faut ajouter ces 10% au contrôle local ; dans les faits, la moitié du baccalauréat sera du contrôle continu … ! La valeur du diplôme passé par les élèves sera celle que les recruteurs accordent à l’établissement dans lequel l’élève l’a passé.

Le problème du taux d’encadrement se pose, car l’encadrement est très différent d’un établissement à l’autre. Il n’y a pas de part précise et fixe pour la préparation du grand oral. Or, 10% de la note du baccalauréat, ce n’est pas rien.

Les moyennes trimestrielles : 10% du bac reposera dessus. Les notes ne sont pas coefficientées. Le baccalauréat commence dès le début de l’année de première : toutes les notes comptent, tout le temps, chaque note compte. Les contestations risquent de pleuvoir !! Et les différences de notation entre collègues … Ainsi que les pressions sur les absences … Le métier change avec ce genre de logique.

Les partiels

Les Contrôles en Cours de Formation ne seront donc pas rémunérés. L’organisation du bac est renvoyé à chaque établissement, les directions ont de quoi s’inquiéter et la DIVEC aussi. Mais le SNPDEN a voté pour cette réforme, alors que l’UNSA et le SGEN se sont abstenus...

Deux épreuves doivent se dérouler en première et une en terminale pour les enseignements communs. Il est prévu que deux séries d’épreuves soient organisées au cours des deuxième et troisième trimestres de première, une série d’épreuves au second trimestre de terminale.

Le sujet doit être le même pour tous les élèves d’un même lycée. A priori, il y aurait deux séries d’épreuves donc comme des bacs blancs, mais qui compteraient !

Les épreuves du Contrôle Continu prévues : l’histoire-géographie, la LVA et la LVB, l’enseignement scientifique, l’EPS et l’enseignement de spécialité ne donnant pas lieu à une épreuve terminale.

Une conséquence importante sur notre métier se dégage : nous n’avons plus la main sur notre métier … La progression sera déterminée par les épreuves communes donc. Le choix des sujets se fera localement, donc le risque existe que les sujets choisis le soient en fonction de leur niveau de difficulté. Il faut ajouter que les problèmes de dilemmes et/ou de la souffrance psychologique risquent d’exploser parmi les enseignant.e.s.

La correction locale risque de conduire à des pressions et à la suspicion de norme locale, et in fine à la dévalorisation du baccalauréat. A l’heure actuelle, le Contrôle Continu n’a de valeur que par l’existence d’épreuves terminales qui constituent un verrou sur le respect des programmes.

Au quotidien, se posera la question du temps réellement passé à faire cours et non à bachoter et à préparer le bac …

Perspectives d’action

Il faut bien reconnaître que malgré les actions mises en place depuis plusieurs mois, la mobilisation n’est pas à la hauteur des attaques contenues dans ces projets. Il va donc falloir continuer à informer, puis mobiliser pour mettre cette réforme en échec.

Dès maintenant et à la rentrée, les militant.e.s des sections départementales et de la section académique peuvent aider à animer des Heures d’Information Syndicale. Nous contacter

Pour aller plus loin … le site du Snes, rubrique « Lycée » (analyses et outils) : ici !

Et aussi la rubrique « Militants » >> « Outils pour l’action » : ici !

Autres articles de la rubrique Année 2017-2018