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Un film de Bill Douglas (Grande-Bretagne 1987)

"Comrades" Sortie en version restaurée le 23 juillet 2014.

En 1834, en Grande-Bretagne, George Loveless et ses voisins, laboureurs à Tolpuddle, sont de plus en plus exploités par les propriétaires terriens soutenus par le clergé.

Ils s’associent pour revendiquer des hausses de salaires et créent dans la clandestinité la « Société Amicale des Laboureurs ».

Dénoncés par un propriétaire, six d’entre eux sont arrêtés et condamnés à la déportation en Australie.

Devenus très populaires, représentants d’une classe de plus en plus pauvre, ils deviennent les "martyrs de Tolpuddle".

Bill Douglas, disparu en 1991, aura réalisé en dehors de quelques courts métrages à la fin des années soixante, une trilogie très remarquée dont le style se rapproche de celui de Bresson ou de Bunuel.

En 1971, il tourne "My Chil d ho od" qui obtient le Lion d’argent au Festival de Venise en 1972.

En 1973, il présente "My Ain folk" dans des festivals du monde entier. En 1978, il clôt la trilogie avec "My way home".

Dès 1979, il entame l’écriture de scénario de "Comrades" . Il aura fallu huit ans à Bill Douglas pour arriver à tourner le film à cause d’un faux départ et d’interruptions dues à des dépassements de budget, liés à des conditions climatiques déplorables.

Lorsque le film sort en 1987, malgré de bonnes critiques, il est projeté sur un nombre très réduit d’écrans en Grande-Bretagne.

Il n’est jamais projeté en France et c’est pourquoi cette sortie en version restaurée devrait réparer une injustice concernant une réalisation qui réunit tous les signes du chef d’œuvre mais qui a sans doute pâti au moment de son exploitation en salles, d’un jeu de circonstances négatives qui l’auront sacrifié.

"Comrades" n’est ni un film historique, ni un documentaire. C’est une épopée intime, le récit regroupant des hommes et des femmes engagés dans une lutte inégale et qui tentent de sauver ce qui leur reste à sauver, leur dignité.

La mise en scène n’exploite jamais les événements saillants de ce pan méconnu de l’histoire de l’Angleterre. Elle préfère scruter les visages, s’attarder sur des moments de résignation ou de sérénité que s’accordent les personnages, travailler les lumières pour en arriver ici et là à de véritables tableaux.

Sur un sujet qui aurait pu tenter un Ken Loach, Bill Douglas se démarque de toute démarche attendue, de toute référence. Il laisse son film flotter entre un esthétisme pictural et une cruauté sociale toujours d’actualité.

A ne manquer sous aucun prétexte !

Francis Dubois

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