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Un film de Sylvie Verheyde (France)

"Confessions d’un enfant du siècle" Sortie le 29 août 2012

Après avoir réalisé " Stella" une œuvre autobiographique, Sylvie Verheyde, remarquée dès son premier film, "Un frère" en 1997, a éprouvé le désir de s’évader d’un cinéma d’inspiration intime et d’entreprendre l’adaptation d’un roman. Son choix s’est porté sur le seul roman que Musset a écrit et qui fait écho à sa liaison avec George Sand.

Une œuvre qui traite, à travers le personnage d’Octave, d’une époque incertaine où l’on ne sait pas de quoi demain sera fait, d’un malaise historique qui se transformera en angoisse métaphysique, en cette mélancolie qu’on nommera le mal du siècle.

Octave, après s’être senti trahi par la jeune fille qu’il aimait, mène une vie dissolue, s’enivrant autant d’alcool que de conquêtes féminines.

Jusqu’au jour où sa route croise celle de Brigitte, une jeune veuve de dix ans son aînée, dont il tombe aussitôt amoureux. Un amour dont il sera, après un temps d’hésitation, payé de retour.

Aux moments d’un bonheur intense et sans nuage, succéderont le doute et le questionnement sur la valeur de l’engagement amoureux. Octave se pensait-il vraiment capable de s’engager à vie dans cette relation ? Brigitte était-elle à même de mesurer la sincérité de ses sentiments et de surmonter les obstacles inévitables ?

Adapter le roman de Musset au plus près, en restant le plus fidèle possible au tracé narratif et aux dialogues, relevait de la gageure. La beauté de la langue devait demeurer intacte et il s’agissait, tout en jonglant avec les codes du romantisme, de montrer ce que celui-ci peut véhiculer de violence, de souffrance, de lutte intime entre le bien et le mal.

Sylvie Verheyde découpe son film en deux périodes distinctes. Dans le premier tiers du récit correspondant à la période qui précède la rencontre d’Octave et de Brigitte, le film, pour rendre l’opacité d’un épisode trouble et de la grande confusion où se trouve le jeune homme à la suite de sa déception amoureuse, est découpé en plans très courts.

Sa caméra très proche des corps morcelés se fait fluide, à la recherche de l’immédiateté du geste et du mouvement et restitue l’intime. Ceci pour les scènes d’intérieur.

Pour les extérieurs, la réalisatrice charge les paysages de brume donnant au flou des silhouettes qui se découpent, des allures presque fantomatiques.

A partir de la rencontre d’Octave et de Brigitte, sa caméra s’apaise. Elle se fait lumineuse et précise quand les deux amants vivent la période heureuse de leur amour. Le blanc fait son apparition et s’impose alors qu’elle avait jusque-là privilégié le brun, les ocres et les couleurs vespérales.

Si la réalisatrice apporte d’un bout à l’autre du récit un soin particulier à l’image, la rigueur avec laquelle elle conduit sa caméra et les ruptures de ton dont elle joue, évitent au film de tomber dans le piège de l’esthétisme romantique.

Il y a dans sa réalisation une âpreté, une "méchanceté" qui sous-tend l’image. Une cruauté qui menace de poindre à tous les instants.

Le choix de Peter Doherty, vedette du Rock anglais dont ce sont ici les débuts au cinéma, pour jouer Octave, s’avère être d’une grande justesse. Son visage poupin et une vague ressemblance avec Peter Lorre le fait échapper à l’archétype du héros romantique. Et pourtant, il y est tout à fait crédible et le charme mélancolique lui va comme un gant.

Charlotte Gainsbourg est une grande comédienne et sa Brigitte est bouleversante.

Pari gagné pour Sylvie Verheyde qui réussit à faire de son " Confession d’un enfant du siècle " à la fois un film fidèle au roman de Musset et une œuvre personnelle.

Francis Dubois

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