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Un film de Teresa Villaverde (Portugal – France)

« Contre ton cœur » Sortie en salles le 19 juin 2019.

Au Portugal, une famille jusque là sans problèmes, voit sa vie soudain bouleversée : le père se retrouve au chômage et pour compenser le manque à gagner, la mère est contrainte de cumuler deux emplois. Plutôt que de se laisser déborder par les événements, leur fille décide de ne pas se laisser abattre et de continuer, comme si de rien n’était, à vivre sa vie d’adolescente.

Le trouble s’invite dans les rapports entre les membres de la famille, marquant le début d’une lente implosion. Chacun, bien que désemparé, cherchant à s’adapter à sa façon à la situation nouvelle.

Cinéma : Contre ton coeur

La cellule familiale, quand elle se compose d’un trio, père, mère et un enfant est la plus exposée à l’absence de communication dit-on. L’enfant est isolé par son âge quand il n’a pas la possibilité d’échanger avec un frère ou une sœur.

Le point de départ de «  Contre ton cœur  » est la perte de travail du père dans le contexte de ce trio familial vulnérable, dans un pays où l’égalité des sexes n’existe pas toujours et où il est donc difficile pour un homme, de devenir un maillon faible.

Quand le film commence, le drame a eu lieu, la situation s’est déjà détériorée et les non-dits qui ne datent pas d’hier ont déjà fait les premiers ravages.

Le père se sent coupable d’avoir perdu son travail sentant confusément que sa femme, exténuée par sa double journée, sans l’exprimer, le rend responsable de la situation tout en se reprochant à elle-même d’être traversée par de telles pensées.

Renforcée par l’absence de communication, la situation empire de jour en jour, lestée de silences et de culpabilité grandissante.

Sans prendre toute la mesure de l’état de la cellule familiale, l’adolescente observe l’effondrement et n’en retient que les faits tangibles. Elle ajoute son silence à celui qui s’est installé entre ses parents.

Mais la situation dans laquelle se trouve la famille, l’impossibilité de communiquer, si elle se trouve aggravée par le chômage du père, n’est sans doute pas un élément nouveau dans le fonctionnement familial.

Pour accentuer l’état de silence, Teresa Villaverde a filmé ses personnages de loin, sans pratiquement jamais approcher sa caméra d’eux. Pourtant, dans le dernier plan, quand il s’agit de lever le voile et de comprendre, la camera se rapproche. Mais c’est trop tard. Le mal est fait. Et le film reste sans réponse. Incapable d’en apporter une comme si le silence et les non-dits avaient contaminé la pellicule.

«  Contre ton cœur  » est-il un film de fin du monde, un film de la fin d’un monde ? Dans ce monde où le chômage est une vraie menace, l’espoir d’une vie meilleure n’existe plus.

Il y a plusieurs cas de figure au chômage. Une seule personne du couple perd don travail et sa culpabilité, l’humiliation ajoutées à la fatigue de l’autre et à l’atmosphère maussade que la perte du travail engendre, conduit à la détérioration devenue vite incontrôlable des rapports.

L’attitude extérieure de l’adolescente a deux significations possibles : le comportement est égoïste ou le signe d’une inconscience face à une situation grave. Mais la distance qu’elle met entre elle et les difficultés où se débattent ses parents, cette indépendance qu’elle revendique est peut-être le signe d’un espoir avec l’annonce, chez les générations à venir, d’un état d’esprit qui les prépare à affronter efficacement une époque nouvelle.

«  Contre ton cœur   » entrouvre-t-il une issue à nos (leurs) lendemains ? Mais le film est avant tout un arrêt sur image dans le déroulement de l’époque actuelle où les chômeurs se sentent devenus invisibles comme s’ils avaient perdu leur raison d’être...

Francis Dubois

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