Thème 1

Contributions

Vous trouverez ci-dessous les contribution au thème 1. Tout adhérent à jour de sa cotisation a vocation à s’exprimer... A vos plumes...

DateNom et prénom de la contributrice ou du contributeurQualitéTitre
06/02/2018 Groupe Métier Comment "disputer" des critères de qualité du travail avec les décideurs ?
06/02/2018 PSYEN L’Orientation scolaire : une bataille centrale pour le système éducatif
06/02/2018 Sandrine CHARRRIER/ Matthieu LEIRITZ UA Pour renforcer les liens avec la profession, de nouveaux espaces d’échanges et de débats
07/02/2018 Jean-François CLAIR/ Thomas BRISSAIRE Secteur Contenus Pour la protection des données scolaires
08/02/2018 Bruno FERAL Economie Gestion Réforme de la voie technologique
11/02/2018 Secteur Collège Les options
11/02/2018 Yves LEJAULT La république est-elle une idéologie menaçante ?
11/02/2018 S3 de Toulouse Mixité sociale
11/02/2018 Jean-François CLAIR/ Thomas BRISSAIRE Secteur Contenus Neurosciences et intelligence artificielle ? Faut-il s’en inquiéter ?
11/02/2018 Marc ROLLIN EE Multilinguisme et multiculturalisme : quels enjeux syndicaux ?
12/02/2018 Secteur action juridique/Secteur Contenus Groupe numérique L’ambivalence du numérique, la modernité complexe et le droit
13/02/2018 François LECOINTE UA Dans le LSU, point de salut !

Comment "disputer" des critères de qualité du travail avec les décideurs ?

Groupe Métier

La réforme de l’évaluation des personnels a remis la question des critères de qualité du travail au centre des préoccupations syndicales. En effet, les résultats des enquêtes et les analyses des chercheurs permettent de dresser le constat d’un divorce croissant entre les prescripteurs institutionnels et les professionnels de terrain sur ce que faire du bon travail veut dire. Si les analyses confirment par exemple que le métier est « débordé » (ses bords n’étant plus clairement définis), c’est bien que les personnels sont confrontés à des injonctions à faire autre chose que ce pourquoi ils ont été recrutés et (plus ou moins) formés. Les dispositifs « innovants » ou les projets pédagogiques qui dépassent l’enseignement de sa discipline ne sont étayés par aucun discours scientifique quant à leur efficacité et pourtant présentés comme « la » solution aux difficultés. La réforme du collège s’est accompagnée en maints endroits d’un discours prescriptif renforcé sur les « bonnes pratiques », alors que les professionnels étaient déjà déstabilisés dans leur manière de faire.

Les nouvelles modalités d’évaluation des personnels, le flou des attentes de l’institution en matière d’accompagnement dans la carrière sont à saisir comme une occasion de tisser de nouveaux rapports avec les corps d’inspection. Le SNES doit imposer des lieux de discussions contradictoires avec ceux qui ont pour mission d’évaluer les personnels et de les accompagner dans leur développement professionnel. Des rencontres de militants académiques avec les IPR ont déjà eu lieu, elles ont pu être l’occasion, parfois, d’aborder les questions de fond sur les critères d’évaluation mais difficilement, tant ces cadres restent rétifs à l’idée que cela se discute.

Le besoin de reconnaissance de la profession se confirme, et il ne se mesure pas uniquement à l’aune de cet avancement. Le doute sur le sens de l’activité, dans des conditions d’enseignement difficiles, face à un public d’élèves pas forcément acquis, rend urgent une autre attitude de notre administration dans les débats sur les pratiques professionnelles. Le SNES fournit des analyses et des outils permettant de mettre à distance ces injonctions, voire de s’en émanciper, mais au-delà de ces ressources nécessaires pour les militants et les adhérents, il faut trouver les moyens de ramener les décideurs sur le terrain du réel du travail et les obliger à prendre en compte l’expertise de ceux qui le font au quotidien. Il faut aussi continuer d’exiger une formation intitale et continue qui ne soit pas une présentation de « prêts-à-penser » le métier, mais qui outille véritablement les professionnels pour trancher, en conscience, les dilemmes qui se présentent à eux, tous les jours, dans l’ordinaire de leur activité.

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L’Orientation scolaire : une bataille centrale pour le système éducatif

PSYEN

L’orientation scolaire a toujours été prise entre des enjeux contradictoires : Donner vie aux aspirations de l’adolescent et satisfaire aux besoins de la société. Depuis l’origine de la fonction, les personnels en charge de l’aide à l’élaboration des projets d’avenir ont toujours appartenu au champ de la psychologie. Mais la conception de l’orientation scolaire et de la place de la psychologie dans le système éducatif ont toujours été des questions sensibles.

IL n’est pas neutre dans un système éducatif que de confier à des psychologues, l’aide à la construction des parcours de formation. Beaucoup de systèmes européens encouragés par les directives européennes, les ont attribuées soit aux enseignants, soit aux services de l’emploi.

En France, la conception d’une orientation progressive, éducative et continue a, jusqu’ici prévalu. Par la création du nouveau corps de PsyEN nous avons obtenu un renforcement de ce choix et la déclinaison de missions articulant l’approche des enseignants et celle des psychologues.

Pourtant, aujourd’hui, ces décisions sont une nouvelle fois contestées par les milieux économiques et les Régions.

Le développement et l’émancipation des adolescents au cœur du problème

La demande de L’ARF de confier l’orientation scolaire aux régions, ce qui, semble t’il a trouvé une écoute favorable chez le premier Ministre, romprait l’équilibre fixé par la loi du 5 mars 2014 sur l’établissement des compétences respectives de l’Etat et des régions. Elle correspondrait à un basculement vers une vision complètement adéquationniste puisque les régions auraient en main, l’orientation scolaire, la formation professionnelle initiale et l’apprentissage. La préoccupation de l’insertion professionnelle à n’importe quel prix, deviendrait alors centrale. 

La mise en place du « plan sup » et les bases de la réforme du lycée montrent comment, sous couvert de personnalisation des parcours, de motivation et de réalisme, il s’agit d’instaurer un enseignement secondaire et supérieur qui sera, plus que jamais, une affaire d’initiés, livrant ainsi les jeunes de milieu populaire à un avenir contraint par des offres de formations limitées, souvent peu reconnues. La privatisation de l’accompagnement d’une orientation, qui limitera pour ces élèves le possible au probable, pourra s’y déployer à loisirs, puisque, dans cette perspective, les PsyEN EDO auront été transférés aux régions ou dépossédés de leurs missions d’aide à l’orientation. Ainsi serait déliée la question de la projection dans l’avenir, de la réussite scolaire et du développement psychologique et social de chacun. La psychologie dans l’Ecole glisserait alors vers une vision médicalisante et résignée des difficultés scolaires et des aléas du développement, confortées par une certaine approche des neurosciences.

Maintenir les PsyEN EDO dans l’Ecole et leur donner les moyens d’exercer pleinement leurs missions dépasse donc largement une revendication catégorielle.

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Pour renforcer les liens avec la profession, de nouveaux espaces d’échanges et de débats

Sandrine CHARRIER et Matthieu LEIRITZ/ UA

Dans le pré-rapport du thème 4 de notre congrès 2018 et en lien avec les problématiques traitées en particulier dans le thème 1, la question de mieux prendre en compte les difficultés rencontrées dans l’exercice de nos métiers, via des formations spécifiques, des échanges entre pairs autour des questions pédagogiques est posée. Notre observatoire de la vie syndicale a d’ailleurs mis en exergue cette question.

Elle nous semble cruciale pour compléter les services rendus aux adhérents, renforcer l’attractivité du SNES-FSU et la syndicalisation.
Ainsi, au-delà des listes de diffusion, des stages qu’il organise, des journées de réflexion disciplinaires, le SNES-FSU pourrait fournir un cadre d’échanges sur toutes les questions liées à l’exercice du métier, y compris de contenus et de pratiques de cours, loin de toute démarche dogmatique, et sans renoncer à l’exigence d’une véritable formation continue par l’Education nationale.

Nous pourrions proposer aux collègues des forums d’échanges avec des collègues de leur discipline, et proposer un forum plus large sur les pratiques pédagogiques par exemple.
Ces forums ouverts aux syndiqués et dont nous pourrions faire la promotion lors de nos campagnes de syndicalisation et pour les élections professionnelles pourraient être gérés par le secteur contenus. Les responsables des groupes disciplinaires pourraient ainsi donner un avis, répondre à des questions, faire partager leur expertise, et ceci bien entendu sans prescription de pratiques…
Nous pourrions proposer cet espace aux collègues pour leur permettre de lutter contre l’isolement, les difficultés du métier, dans un esprit d’entraide, de partage d’idées, de ressources, de pistes de lectures, de travaux de recherches, etc….

La question qui se pose est aussi celle de la plateforme… Nous pourrions proposer des échanges via des plateformes de discussion existantes : facebook, ou une plateforme gratuite d’entraide. Un projet de plateforme libre en partenariat avec APRIL (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre), association dont le SNES-FSU est membre pourrait aussi être envisagé.

Pour compléter l’offre de journées de réflexion disciplinaires qui fonctionnent bien au niveau national, mais qui ont du mal à se généraliser dans les académies, le SNES-FSU national pourrait proposer aux sections académiques et départementales, avant la mise en place des calendriers académiques de stage, des stages disciplinaires « clé en main » avec un ordre du jour suffisamment précis et sur des questions clés pour inciter les collègues à s’inscrire, mais aussi suffisamment larges pour s’adapter à l’actualité de chaque discipline. Ces stages seraient animés par les responsables des groupes disciplinaires. Nous pourrions aussi proposer des stages plus larges sur des questions d’actualité, comme nous avons commencé à le faire, sur des sujets touchant aux contenus et au pratiques de classe, et parfois en proposant une co-animation avec un chercheur : évaluation, culture commune, pratiques pédagogiques et démocratisation, innovation, numérique etc…

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Pour la protection des données scolaires

Jean-François CLAIR et Thomas BRISSAIRE/ Secteur Contenus - Gpe numérique

Lors de l’élaboration du Règlement général pour la protection des données (RGPD), aucun pays européen n’a pensé au cas des données scolaires (toutes les données produites dans le système éducatif) et à leurs traitements. Or, du fait des contraintes liées au travail et au suivi des élèves dans la scolarité obligatoire et des injonctions à développer l’école numérique, une masse considérable de données sont actuellement « dans la nature », sans qu’aucune réglementation ne les protège efficacement.

Ces données sont à la fois de type « données personnelles » (identité, suivi des absences, notes,...) , mais aussi de type « production d’élève », c’est à dire tout travail exécuté par un élève de façon numérique (durée de connexion, erreurs ou réussite pour des exercices sur tablette par ex, travaux originaux, photos, …), sans oublier bien sûr celles produites par les enseignants.

Le Snes-Fsu exige que les données produites dans le cadre scolaire fassent l’objet d’une protection particulière car elles sont aussi sensibles que les données médicales. En effet, elles peuvent servir à la personnalisation des parcours d’apprentissage (donc occasionner un profilage éducatif), ainsi qu’à la recherche d’optimisation des services éducatifs . Dans le cadre de la scolarité, le risque est grand qu’elles fassent l’objet d’une marchandisation accrue à moindre frais pour les entreprises privées du domaine de l’EdTech au détriment d’une recherche publique en éducation qui ne posséderait pas leurs moyens.

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Réforme de la voie technologique

Bruno FERAL - Economie Gestion

Concernant la proposition 4.10 du thème 1, le choix des futures spécialités me laisse songeur.

La dissociation de la spécialité GRH et de la communication peut se défendre, il n’en va pas nécessairement de même pour la substitution de la communication à la mercatique. En effet, la mercatique met en jeu des savoirs conceptuels et permet de développer des compétences allant bien au-delà de la seule communication : quid de l’analyse comportementale, de la sociologie du consommateur, du marketing stratégique et tactique dont la communication n’est qu’une composante ?
Je m’interroge sur la pertinence de faire disparaître une spécialité qui permet entre autres de déconstruire les dispositifs mis en oeuvre par les entreprises pour orienter le comportement des individus dans le sens qui leur est le plus favorables pour sombrer dans un "tout-communication" qui laisserait sur le côté l’essentiel du bagage conceptuel dont les bacheliers STMG mercatique sont aujourd’hui équipés.

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Les options

Secteur Collège du SNES National

Le congrès de Grenoble a adopté un mandat d’étude sur les options en collège, en lien avec la réflexion nécessaire sur les horaires des élèves, dans le contexte de la réforme du collège et des attaques contre les LCA, les classes bilangues et sections euro au nom d’un égalitarisme. L’assouplissement de la réforme par J-M. Blanquer a confirmé l’existence des enseignements facultatifs renforçant l’autonomie quant à leur création et à leur financement. Des académies ont laissé les établissements ouvrir des enseignements facultatifs sur leur « marge de manœuvre » rognant toujours plus sur les moyens dans les établissements, sans carte académique des options.

Le secteur collège a posé la question des options en collège lors d’un stage syndical national sous le double prisme des mandats du SNES-FSU sur la culture commune et de la mixité sociale et scolaire des établissements.

Les études sur la mixité montrent que les options n’ont pas de rôle significativement aggravant sur la ségrégation entre les établissements. Si les options sont évoquées comme cause, elles sont, pour les familles cherchant à contourner la carte scolaire ou faisant le choix assumé d’inscrire leurs enfants dans le privé, un prétexte, la raison principale étant la recherche de l’entresoi. Au contraire, les débats ont montré que les options permettaient de « garder » des élèves socialement favorisés dans les établissements difficiles. Cette analyse rejoint les mandats du SNES-FSU sur l’éducation prioritaire avec la demande d’une carte des options académique, favorisant les établissements de l’éducation prioritaire, et un financement fléché.

Nos mandats sur la culture commune posent la question de l’introduction de nouveaux enseignements indispensables à la construction d’une culture commune émancipatrice : LCA, théâtre, cinéma audiovisuel, langues, information et documentation, diversité des champs technologiques… Autant d’ouvertures sur des champs de la culture commune dont les élèves socialement défavorisés et des établissements ruraux sont souvent exclus.

Les options sont une possibilité pour permettre aux élèves d’appréhender la culture commune. A terme, il semble nécessaire que les enseignements facultatifs aient vocation à être pour la plupart introduits dans un tronc commun qui évite les parcours différenciés. Cela nécessite une carte académique des options et un financement. Reste des questions essentielles pour réfléchir à la place des options :

- quels enseignements optionnels ? Faut-il définir une liste d’option ou des champs de la culture commune qui pourraient être mis en œuvre différemment selon les qualifications des enseignants ?

- quels volumes horaires pour les options ? Faut-il envisager une progressivité de la Cinquième à la Troisième ?

- quels choix laissés aux élèves et aux familles dans le choix des options ? Faut-il imposer plusieurs options pour éviter de renforcer la ségrégation intra-établissement et le risque de pré orientations ?

Le mandat d’étude sur les options est un mandat ancien sur des enseignements qui concernent un quart des collégiens. Le prendre à bras le corps, c’est réfléchir à notre projet éducatif pour faire réussir tous les élèves !

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La république est-elle une idéologie menaçante ?

Yves LEJAULT

Tous citoyens, liberté réglementée par des lois, tous égaux non, tous égaux avec les mêmes droits et fraternels, solidaires, attachés à la laïcité. L’égalité fondée en droit mais aussi sur la fraternité peut-elle dériver en égalitarisme ?
La société française est de plus en plus inégalitaire économiquement mais également inégalitaire dans son organisation (quartiers huppés et banlieues défavorisées), par sa langue élitaire car maîtrisée seulement par une élite. Est-ce là l’élitisme républicain ?
Cette société doit-elle continuer dans la même direction ou une rupture est-elle démocratiquement souhaitable ?
Le système éducatif reproduit la société (de l’avis général, l’ascenseur social est en panne) et amplifie ses inégalités (conclusion de l’enquête PISA). L’état organise la ségrégation sociale au service des privilèges en finançant deux systèmes éducatifs concurrents : le privé et le public.
Si nous sommes égaux en droit, il faut la même école pour tous. L’enseignement est obligatoire pour protéger les enfants mais alors, il a aussi une obligation de résultats. Il est insupportable et antidémocratique que plus de 100 000 élèves sortent de l’école chaque année sans qualification.
Les apprentissages fondamentaux qui conditionnent la suite des études se font au CP qu’il faut préparer à la Maternelle. Pour permettre la réussite de tous au CP il faut bien sûr, des classes peu nombreuses, des intervenants en surnombre. Mais toutes les tentatives dans ce sens se heurtent à l’imbécillité de l’orthographe. Mazarin et l’Académie ont réussi cette unification centralisatrice et élitaire de l’orthographe.
5 lettres peuvent se prononcer de 2 manières, donc notre alphabet a 31 lettres
alors que 23 pourraient suffire :k, q, w, oe, ae ne sont pas nécessaires. Sont-elles utiles ? Il y a 5 façons d’écrire le son "in" et 7 façons d’écrire le son "s".Sont-elles toutes nécessaires ? Et les lettres qui ne se prononcent pas ?
Une orthographe simple et logique mettrait la langue écrite à la portée de tous et rendrait ainsi démocratique le principal outil de l’enseignement : première rupture à l’école primaire.
Deuxième rupture au collège. Le collège actuel qui devrait accueillir tous les élèves car il appartient à l’enseignement obligatoire, prépare ceux qui réussissent à entrer au lycée. Pour faire réussir tous les élèves en les faisant progresser vers ce qu’ils sont, il faut changer l’organisation du collège et en particulier adapter la pédagogie à l’ensemble des élèves.
La réforme de Madame Najat Vallaud Belkacem était un essai d’adaptation du collège. Comme souvent en France, cette réforme a été balayée sans même être évaluée. Le collège est redevenu élitaire à souhait avec les classes bilingues et les langues anciennes. Il faut favoriser l’élite pour remplir les grandes écoles et atteindre de bonnes situations.

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Mixité sociale

S3 de Toulouse

Dans l’académie de Toulouse, 2 expérimentations visant à améliorer la mixité sociale des collèges sont en cours depuis la rentrée 2017.
À Castres, où existe une forte concurrence du privé, une partie des élèves de 6ème ont été répartis dans les 3 collèges publics avec le principe du secteur multi-collèges. La carte de formations y a été diversifiée, chaque établissement étant incité à « faire valoir ses atouts », le but étant un rééquilibrage et une meilleure mixité sociale dans chaque collège. Sur place, les retours font plutôt état d’une fuite du collège le moins réputé.
À Toulouse, le Conseil Départemental 31 a prévu de reconstruire dans des quartiers plus mixtes socialement 2 collèges REP+ dits « ghettoïsés ». En attendant leur ouverture, les élèves sont déplacés vers d’autres établissements. Ainsi, à la rentrée 2017, les 6èmes du collège de la Reynerie ont été affectés dans 5 collèges "favorisés" dont les effectifs par classe en 6ème ne dépassent pas 25. Le CD 31 a mis en place navettes et gratuité des transports pour ces élèves. Il en sera de même à la rentrée 2019 pour les 6èmes du collège Bellefontaine, répartis, eux, sur 6 autres collèges "favorisés".
Un système de bonus-malus sur la part éducative de la dotation de fonctionnement a été voté par le CD 31 pour 2019 : il s’agit de pénaliser les collèges privés et publics ne faisant pas d’efforts pour équilibrer leur composition sociale et à l’inverse, de sur-doter les collèges les plus "défavorisés".
L’objectif visé est de rééquilibrer la composition sociale des collèges toulousains en commençant par les établissements les plus "défavorisés" et les plus "favorisés".
Les 2 approches retenues diffèrent. A Castres, avec une logique libérale s’appuyant sur le choix des familles et l‘« attractivité » des établissements, les collègues sont priés de faire « rayonner » leur collège. Cette logique de marché aggrave pourtant les inégalités et heurte les personnels.
À Toulouse, le projet utilise davantage l’outil de la carte scolaire. Les efforts financiers consentis par le CD 31 sont importants, ceux par l’IA 31 moindres. Mais la logique de mise en concurrence reste présente, les collèges "défavorisés" étant invités à « redorer leur blason ».
L’obligation de mixité sociale doit être un objectif afin que l’école ne soit pas le lieu de reproduction des inégalités sociales, sans cesse croissantes. Cela nécessite :
- des actions dans la durée, anticipant les évolutions démographiques et articulées à la politique de la ville ;
- que l’outil carte scolaire soit pleinement réinvesti, en revenant sur son assouplissement de 2007 ;
- une homogénéisation de l’offre de formation ;
- une action sur les dotations des établissements tenant davantage compte de leur composition sociale effective, privé y compris, en s’inspirant par exemple du système de bonus-malus ;
- que des comités de suivi où siègent les élus des personnels soient régulièrement réunis et que les personnels des établissements et les familles soient associés aux projets ;
- de répondre aux besoins de formation continue partout où ils se manifestent.
Enfin, le seul déplacement d’élèves, s’il permet davantage de mixité sociale à l’école ne suffit pas à leur réussite : la mixité ne saurait être qu’un moyen (parmi d’autres) et la réussite de tous nécessite une hausse de moyens.

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Neurosciences et intelligence artificielle ? Faut-il s’en inquiéter ?

Jean-François CLAIR et Thomas BRISSAIRE/ Secteur Contenus - Gpe numérique

Les deux buzzword/ »expression à la mode » pour tout ce qui touche le domaine éducatif sont « neurosciences » et « intelligence artificielle ». Dérive scientiste ? Pas seulement. L’idée générale est bel et bien de décentrer les problèmes de la relation éducative première formateur-apprenant vers un tiers, dépossédant l’un et l’autre de ses prérogatives dans la relation. L’apprenant ne devenant qu’un objet récepteur dont on connaitrait les « rouages » grâce aux neurosciences (qui n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements) pour obtenir le rendement maximum et le formateur l’exécutant de méthodes pédagogiques « evidence-based » (basée sur les preuves). On retrouve d’ailleurs ici les mêmes problématiques que pour la médecine basée sur les preuves (à l’origine du concept) dont un des écueils majeurs est d’oublier que la médecine ne se résume pas aux sciences médicales mais englobe bien d’autres aspects dans la relation médecin patient.

Et l’intelligence artificielle (IA) dans tout cela ? Quand on nous parle actuellement d’IA, on est essentiellement dans le champ du traitement statistique automatisé des données issues du Big Data : en bref, des algorithmes qu’on améliore ou qui s’améliorent eux même par deep learning (pour la reconnaissance faciale, la prise de décision). Cela peut sans doute avoir des applications intéressantes dans l’éducation, pour la conception de parcours numérique pour les élèves… Le problème reste encore une fois l’utilisation qui peut en être faite pour déposséder l’enseignant de son expertise, voire la prescription qu’on voit poindre dans certains rapports dont celui de Catherine Becchetti-Bizot de fournir de la donnée (enseignants, élèves) aux algorithmes… A quelle fin, dans quel but ? Quand un algorithme finira par prendre la décision que telle méthode pédagogique doit prendre la place de telle autre… il sera trop tard. Le principe d’interdiction concernant les décisions administratives individuelles prises exclusivement sur la base d’un traitement automatisé avait déjà été menacé par la loi sur la République Numérique de 2016. En clair, un algorithme pourra bientôt prendre une décision administrative concernant une personne physique sans intervention humaine…

Compte tenu des implications de de nombreux domaines de notre exercice professionnel et syndical, il est important que le SNES-FSU se dote des mandats nécessaires pour mener à bien une réflexion sur ces sujets, car derrière l’effet de mode, sciences cognitives et numérisation de la société vont amener à se poser des questions importantes d’un point de vue éthique.

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Multilinguisme et multiculturalisme : quels enjeux syndicaux ?

Marc ROLLIN/ EE

La France est riche de ses langues et de ses cultures. Il ne s’agit pas juste d’un patrimoine ou d’un folklore à préserver. Il s’agit d’une réalité sociologique qui ne devrait que croître à l’heure d’une mondialisation qui, tout en uniformisant les modes de pensée, produit d’autant plus de revendications d’identités multiples. En cela, cette réalité contredit les obsessions de centralisme et d’unilinguisme.
Songeons aux langues dites régionales ou d’immigration. La diversité linguistique est un fait qui existe dans le monde depuis les origines de l’humanité. Aujourd’hui, on admet que l’on parle environ 6000 langues sur la surface du globe. Sachant que l’ONU reconnaît 197 pays, il est facile de comprendre que les pays sont multilingues. La France également même si, exception faite de la place hyper-centrale accordée à l’anglais dans l’enseignement, le monolinguisme continue d’être sa référence.
Mais, la société multilingue et multiculturelle est là, notamment parce que les phénomènes migratoires s’accélèrent (économie, climat, guerres…), et sera, malgré les tentatives désespérées de certain.e.s, la base des sociétés de demain. La mondialisation entraîne des contacts, une communication et une coopération par des groupes multilingues qui exigent des compétences plurilingues individuelles.
Le syndicat doit prendre à bras le corps ces questions car elles touchent les collègues dans leurs pratiques professionnelles : comment mieux intégrer les élèves allophones ? comment syndiquer mieux leurs enseignant.e.s ? comment articuler les collectifs de soutien aux enfants Sans Papiers, Sans Toit, migrants avec l’action syndicale ? Comment intégrer la question du multilinguisme et multiculturalisme aux enseignements ? Quelle formation à quelle citoyenneté ? Faut-il traiter de l’énergie, la santé, les transports ou le climat en intégrant la géographie, l’histoire, la chimie ? Etc.
Quoi qu’en disent certains discours politiques, religieux ou pseudo-scientifiques, la diversité n’est pas signe de marginalité dans la République, ce serait pervertir la notion même d’humanité que de refuser la singularité. Dans une vision constructiviste des choses, nous devons reconnaître la grande variation possible des identités et nous poser la question de comment la rendre possible dans un État de droits.
Cela implique donc que le syndicat investisse aussi de nouveaux territoires, au-delà des champs traditionnels de la profession, et questionne ces derniers, car l’École et ses agents ne sont pas en-dehors de la société : ils changent, au fur et à mesure que la société change. Quant est-il de notre « offre syndicale » ? Pourquoi les questions de « société » resteraient-elles encore longtemps séparées des questions d’enseignement ? Le thème 3, qui reflète les évolutions et les enjeux de la société contemporaine, doit désormais prendre toute sa place dans nos pratiques et actions syndicales. Le SNES-FSU doit ouvrir ses portes à d’autres débats, sans quoi il risque de s’éloigner de la réalité sociale, diverse et complexe. Nous enseignons et éduquons pour changer la société. Montrons-le plus clairement !

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L’ambivalence du numérique, la modernité complexe et le droit

Secteur action juridique - Gpe numérique

Face à l’explosion numérique, le droit s’est déjà beaucoup transformé. Il n’est pourtant pas parvenu à un point d’équilibre. Les interrogations sur la pertinence du régime juridique des droits fondamentaux se succèdent au même rythme que celui des innovations dont le numérique est porteur. La difficulté d’y répondre tient à l’ambivalence intrinsèque du phénomène numérique : il ouvre de nouveaux espaces de libertés, tout en étant porteur de risques pour celles-ci. Cette impression de facilité de se connecter à un nouveau « monde »crée une impression de liberté sans contrainte pour nos collègues. Pourtant. le rouleau compresseur de la modernité numérique aboutit trop souvent à l’ablation de l’esprit critique !
Une partie de l’ambivalence et du succès d’internet provient de sa gratuité.

Cette « culture de la gratuité » est fortement répandue aujourd’hui. Cette approche libertaire vient de deux postulats : l’absence de légitimité des États à réglementer internet et leur incapacité à le faire. En réalité, les États ont vocation à s’intéresser aux activités humaines. Contrairement à ce qu’avaient espéré ses pionniers, internet n’est pas un espace hors du droit.

Il faut repenser les modes de protection des droits fondamentaux pour les adapter à l’explosion du « Big Data »* et au caractère transnational d’internet.
Les risques liés aux données personnelles librement saisies ou bien capturées sont de plus en plus importants. Chacun doit prendre conscience que la validation des CGU* répond à des impératifs imposés par le droit commercial. Il est obligatoire de recueillir le consentement de l’utilisateur, l’expression du consentement et sa preuve. La trace est donc indispensable : « Idem est non esse et non probari »*.

Internet n’échappe ni en fait, ni en droit à la puissance étatique, mais lui pose des défis inédits. C’est dans ce sens que de nouveaux droits et obligations sont nés : droit à la déconnexion, droit d’accès pour tous, obligation d’informer l’utilisateur, droit à l’oubli, le droit au dé-référencement, portabilité des données...etc
Par ailleurs, le numérique a simplement rafraîchit des règles juridiques existantes : droit à l’image, droit d’auteur, droit à la diffusion syndicale, droit syndical, libertés publiques fondamentales, liberté d’expression, d’opinion, déontologie,obligation de réserve…

Dans l’EN, on navigue entre le fantasme et la méconnaissance. Notre employeur oscille entre confusion et contradiction. D’un côté, il publie des textes qui rendent responsables les agents publics travaillant avec le numérique (L 511-5, L312-6, L312-9 du code de l’éducation), et de l’autre, il ne forme pas ses agents aux principes de protection des données personnelles alors qu’il incite fortement à l’introduction massive du numérique à l’Ecole.

Le SNES-FSU demande à ce que les représentants des personnels participent aux travaux préalables d’élaboration de tous les textes réglementaires ayant trait au numérique.

* « Big Data » : ensembles de toutes les données numériques
*CGU : Conditions générales d’utilisation
*« Idem est non esse et non probari » : « pas de preuve, pas de droit »

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Dans le LSU, point de salut !

François LECLOINTE/ UA

Le SNES-FSU n’a de cesse de dénoncer, derrière la réforme comptable, la réforme pédagogique et idéologique de collège 2016. Les enquêtes menées par le SNES-FSU ont montré que l’évaluation des élèves était l’un des leviers d’une mise au pas pédagogique et d’une dénaturation de nos métiers. Beaucoup d’entre nous subissent des pressions de chefs d’établissement, de IPR et de certains de nos collègues pour imposer un mode unique d’évaluation des élèves, à coup de propos caricaturaux mettant en scène des Modernistes de l’évaluation par compétences contre des Archaïques refusant toute évolution de leur pratique, restant attachés à des notes, accusées de tous les maux.

La notion de compétence ne cesse d’être galvaudée. Pire, les tenants d’une approche dogmatique par compétences mélangent continuellement les approches pédagogiques, dénaturant les apports des actions pédagogiques progressistes des années 1970. Pour les tenants de l’approche par compétences, le savoir n’est qu’un outil, un accessoire, dont on peut occasionnellement avoir l’usage dans la réalisation d’une tâche. Peu importe qu’on possède le savoir ou qu’on le trouve dans un livre ou sur internet, peu importe qu’on le comprenne ou qu’on sache juste l’utiliser, peu importe qu’on le maîtrise entièrement ou qu’on n’en maîtrise que les aspects utiles dans le contexte de la tâche prescrite. Du moment que la tâche soit menée à bien. Entre la compétence clé définie par l’Union européenne à partir de la novlangue libérale reprise dans le socle, et l’emploi des compétences dans les pédagogies constructivistes, il y a un monde !
Dans la continuité de la réforme du collège, les groupes « Compétences » des rectorats continuent les stages et publications dans la continuité du LPC que nous avons réussi à mettre à mal. L’APC trouve avec le LSU un aboutissement pour l’évaluation, même s’il s’agit d’en souligner les limites pour faire la promotion des logiciels privés comme Pronote qui imposent des référentiels, en décalage avec les pratiques dans les classes.

Si des collègues utilisent le LSU, outil réglementaire, pour s’opposer à toutes les dérives des bulletins illisibles, fractionnant l’évaluation en de multiples items qui ne font sens pour personne, le LSU est le symbole de l’offensive idéologique qui impose un modèle unique d’évaluation et refuse tout débat sur l’évaluation des élèves. Il est aujourd’hui l’outil des tenants d’un socle aux antipodes de notre conception de la culture commune.

Le SNES-FSU doit adresser un message fort à nos collègues et permettre que le débat sur l’évaluation des élèves ait véritablement lieu. La suppression du LSU est indispensable pour que les collègues puissent débattre sereinement de leurs pratiques, de l’évaluation des élèves et de la communication avec leur famille.

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