SNEN (NIGER)

Coopération syndicale du SNES au Niger : visite de terrain et échanges avec nos partenaires nigériens

Le syndicat national des enseignants du Niger (SNEN) est le plus ancien syndicat de l’éducation dans ce pays. Fondé en 1955, il regroupe aujourd’hui des enseignants du primaire et du secondaire ainsi que des conseillers pédagogiques. C’est avec ce syndicat, très actif sur le terrain, que le SNES-FSU coopère depuis plusieurs années.

École primaire d'application de Tillabéri

Le pays est divisé administrativement en 8 régions et le SNEN est doté de 8 coordinations régionales. A la demande de son partenaire, le SNES-FSU a engagé cette année une coopération dans le domaine de la consolidation des liens entre les sections régionales et le bureau national du SNEN. Comme l’explique Issoufou Arzika, SG du SNEN : « les tournées en province sont indispensables pour resserrer les liens avec la base militante, former les jeunes, mais elles coûtent cher et nous les finançons d’ailleurs en partie sur nos fonds propres ». Le SNES contribue à financer l’autre partie car, fait rare au Sahel, toutes les capitales provinciales sont accessibles sans problème de sécurité. Cependant les distances sont grandes dans ce pays très vaste (plus de deux fois la France) ; ainsi, une tournée vers Agadez ( à 950 km de Niamey) ou Zinder ( à 890 km) nécessite une semaine de disponibilité ; vers Diffa, la province la plus éloignée (1365 km), ce seront 10 jours qui seront nécessaires.

Assemblée générale des adhérents du SNEN de la région de Niamey

Du 9 au 12 mai, deux militants du secteur international du SNES se sont rendus sur place pour évaluer les besoins et les conditions du travail syndical au Niger. Une journée à Tillabéri, à seulement 115 km de la capitale, a permis de constater la véritable misère matérielle de l’enseignement : locaux anciens, mal entretenus, sans électricité, matériel pédagogique quasi-inexistant, tables cassées et en nombre insuffisant, absence totale de manuels pour les élèves. Tout ceci suscite le désarroi des enseignants qui tentent malgré tout de mener à bien leur mission. Dans le primaire, la mise en place d’un plan d’urgence s’est faite sans concertation et sans embauche de personnel, ce qui a conduit à imposer 6 à 8h de cours hebdomadaires supplémentaires aux enseignants sans aucune contrepartie financière. Dans le second degré, très fortement perturbé par une grève des élèves depuis un mois, les professeurs se sentent méprisés, leurs salaires sont très faibles (285 000 FCFA pour un certifié en fin de carrière, soit 430 euros, et 180 000 FCFA pour un adjoint d’enseignement : 275 euros). Les enseignants demandent au gouvernement de prendre en charge leurs frais de logement et souhaitent la titularisation des contractuels qui sont souvent payés avec plusieurs mois de retard, et dont le salaire mensuel est de 90 000 FCFA par mois, soit …. 137 euros ! Les effectifs par classe sont plus que pléthoriques ( de 50 à 100 élèves) et les apprentissages se bornent à du « par cœur », en l’absence de tout matériel pédagogique ou de toute formation continue des enseignants. La plupart des enseignants ont bien peu de perspectives et leur avancement est bloqué depuis trois ans par le gouvernement. Les mutations « pour raisons de service » masquent de réelles sanctions qui constituent un moyen de pression considérable contre les représentants syndicaux, en l’absence de formations paritaires. Le SNEN maintient cependant le dialogue avec le gouvernement et obtient quelques avancées.

Haoua, militante SNEN, responsable « femmes »

La bonne implantation du SNEN sur tout le territoire et la perspective de premières élections professionnelles pour la fin de l’année 2018 - qui permettraient enfin de mesurer la représentativité réelle de tous les syndicats et dans lesquelles le SNEN aurait tout à gagner- conduiront sans doute le SNES à élargir sa coopération l’an prochain. Nos partenaires du SNEN ont évoqué un travail de coopération possible dans le domaine de la communication : outils, formations, ainsi qu’une dotation pour l’équipement informatique nécessaire des 8 coordinations provinciales qui sont actuellement très dépourvues. La coopération syndicale avec le SNEN est ainsi riche d’échanges humains et de projets.

Elisabeth Jacquet, secteur international

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