Année 2018-2019

Corrections du bac philo : une mobilisation qui paye ! (Nantes)

Les conditions de correction de la session du bac 2018 dans l’Académie de Nantes ont connu une dégradation qui a été particulièrement sensible en philosophie.

C’est traditionnellement une discipline qui est « à flux tendu » pendant cette période avec des lots allant jusqu’à 130 copies par correcteur pour une durée qui n’a fait que diminuer ces dernières années. Mais cette fois-ci, les lots ont atteint jusqu’à plus de 150 copies pour des séries générales, avec une durée de correction inférieure à celle de nombreuses autres académies, allant parfois -de manière incompréhensible pour un examen (encore) national- jusqu’à 2 jours d’écart. Cette situation a rapidement déclenché le mécontentement de nos collègues. Nous atteignions en effet un stade où il ne nous semblait plus possible de faire correctement notre travail de correction, mettant ainsi en danger la nature même et la justice de l’examen pour les candidats.

Nous avons donc alerté très rapidement le rectorat, la division des examens et l’Inspection. Une délégation intersyndicale a été reçue au rectorat où il nous a été expliqué que tous les enseignants de notre discipline n’étaient pas convoqués pour ces corrections, notamment certains contractuels jugés trop « fragiles ». La différence de délais de correction a, elle, été mise sur le compte de particularités géographiques ou de traditions différentes selon les académies. Conscients du mouvement de mécontentement et de la difficulté à justifier de tels écarts entre académies, ils ont tout de même proposé de repousser le délai du 2 juillet 17h au 3 juillet 10h pour notre unique discipline, laissant ainsi une nuit supplémentaire à des correcteurs noctambules.

Insatisfaits de ce geste, nous avons élargi la mobilisation existante au moment des réunions d’entente où des AG se sont tenues, de manière peu habituelle pour notre discipline, à travers toute l’académie. Nous avons alors discuté entre collègues et voté pour une extension du délai de correction au 3 juillet 17h en rassemblant plus de 115 signataires à la pétition formalisant notre action, soit l’équivalent de 50 % des correcteurs de l’académie dans notre discipline. Un ras-le-bol s’est nettement fait sentir parmi nous, révélateur plus globalement des dégradations de nos conditions de travail : perte de la plupart des dédoublements existants (notamment en série technologique), nombre très important de contractuels travaillant dans des conditions insatisfaisantes et victimes d’un manque de considération.

Reliés entre collègues par une liste de discussion que nous avons créée afin de rester en contact, une fois les copies récupérées, nous avons beaucoup échangé pendant cette période. Cela nous a notamment permis de découvrir la diversité d’information et d’opinions en notre sein concernant la réforme du lycée. Il n’est ainsi pas paru possible de dégager une position consensuelle sur ce sujet pour une expression publique.

Une fois arrivé le jour J de la fin du délai de correction, le rectorat et l’inspection ont appelé les nombreux collègues qui n’ont pas respecté le délai officiel en tentant de faire pression sur eux. Et, alors que nous avions indiqué que nous étendions le délai à 17h ce même jour, le recteur a finalement pris la décision de fermer le serveur Lotanet (permettant la saisie des notes à distance) à 15h30. Cette décision – tentative pour semer la division au sein du mouvement collectif ? - a ainsi mis plusieurs collègues dans l’impossibilité de rentrer leurs notes par internet, consigne leur étant donnée de venir le jour des délibérations dès 7h pour les saisir manuellement, ceci alors même que nous avions proposé de les transmettre par scan la veille afin d’éviter les risques d’incidents ou de retards au moment des jurys de délibération. Cette saisie assez fastidieuse des notes n’a pas semblé créer d’incidents majeurs pour les délibérations, si ce n’est quelques retards ici ou là.

Au final, cette action a montré la détermination d’un mouvement collectif à faire entendre sa voix concernant nos conditions de travail. Le mouvement a été massivement suivi et a eu un impact sur les services du rectorat. Nous espérons qu’il permettra de peser dans le futur sur le choix des délais de correction pour les prochaines sessions ainsi que sur le « vivier » de correcteurs qui ne devra pas être trop restreint, sous peine d’alourdir exagérément la charge de travail des correcteurs. Le SNES académique aura un rôle à jouer dans toutes ces décisions qui doivent faire l’objet d’un plus grand dialogue social si l’administration ne veut pas rencontrer de telles mobilisations à l’avenir.

Ce mouvement a également été l’occasion de construire un collectif qui sera sans nul doute un point d’appui précieux dans la période de discussion du projet de réforme du lycée. Un stage syndical académique disciplinaire avait permis l’an dernier de créer un premier noyau de collègues qui a joué un rôle déterminant par la suite. De tels stages peuvent sans nul doute rassembler aussi des collègues dans d’autres disciplines afin de mieux généraliser ensuite la mobilisation contre le projet de réforme du lycée. Le soutien du SNES académique a, en tout cas, été décisif pour permettre d’impulser et d’élargir la mobilisation des correcteurs de philosophie l’an dernier. Il ne faut pas hésiter à solliciter son aide pour créer des collectifs et faire vivre des mobilisations.

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