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un film de Laetitia Masson

"Coupable" sortie en salle le 27 février

Un homme a été assassiné, poignardé avec un couteau de cuisine. La coupable du crime est-elle sa femme, grenouille de bénitier qui avait des raisons de lui en vouloir ou bien l’étrangère cuisinière entrée au service du couple, à qui la victime avait promis mariage après divorce et qui ne se sépare jamais de son jeu de couteaux rangés dans un coffret. Le policier chargé d’enquêter, et un jeune avocat hypocondriaque qui délaisse sa jeune femme créatrice d’odeurs rares, tombent tous deux sous le charme de la femme aux couteaux…
Le film commence avec la voix de Michel Onfray, écrivain-philosophe interrogé sur sa vision de l’amour et à propos des courants de pensées sur l’âme sœur, cette moitié de soi qui, dit-on, existe quelque part dans le monde et qu’on a peu de chance de rencontrer. Cet entretien avec le philosophe donne la tonalité du film : on est à la fois dans le réel et dans une réflexion sur le réel, dans une théâtralisation de la réalité.

© Rezo Productions

Un meurtre a bien été commis. Un enquêteur est bien là, tapi dans l’ombre. Un avocat sans ambition mais qui pourrait trouver dans le procès qui suivra la notoriété qui lui manque. Le mystère s’épaissit mais ce n’est pas sous l’effet de rebondissements, de l’apparition d’éléments nouveaux, c’est plutôt dans l’évolution ou une meilleure découverte des protagonistes sans cesse saisis entre leur quotidien et ce qu’il y a en eux de dérive et d’inquiétant. Marguerite la cuisinière au comportement singulier est en fait tout simplement obsédée par l’idée du mariage. Qu’elle traîne sa longue silhouette presque irréelle prise dans un immense jupe et un blouson de cuir ne l’empêche pas d’être flanquée de parents aux préoccupations terre à terre dont les apparitions sont savoureuses et en parfaite rupture avec la tonalité générale du film.
Laetitia Masson nous offre même un dénouement comme dans un vrai film policier. La coupable est débusquée mais on découvre que l’essentiel n’est pas dans l’intrigue policière dénouée, qu’il est dans chacun des plans qu’on a vus, dans les personnages qui hantent plus qu’ils n’habitent le film, dans une souplesse de narration, une fluidité, des scènes récurrentes.
Il y a un coupable criminel dans l’histoire mais chacun des personnages est coupable. La cuisinière d’étrangeté, de marginalité, l’avocat de lâcheté, le policier de fantasmes non dits…
Laetitia Masson réalise depuis En avoir ou pas, en 1995, des œuvres singulières et personnelles et, même quand un de ses films marque le retour d’Isabelle Adjani comme c’était le cas avec La repentie en 2002, elle ne se démarque jamais de sa rigueur et de sa façon si particulière de tordre le cou à la narration linéaire…
Francis Dubois

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