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Un film de Pepe Danquart (France –Allemagne)

"Cours sans te retourner" Sortie en salles le 24 décembre 2014.

"Oublie ton nom mais n’oublie jamais que tu es juif".

Ce seront les dernières recommandations à son fils d’un père qui va, l’instant d’après, périr sous les balles allemandes.

En 1942, Srulik, un jeune juif polonais réussit à s’enfuir du Ghetto de Varsovie. Il n’a d’autres moyens pour échapper aux soldats qui le recherchent que de se cacher en forêt.

La faim et le froid l’amènent à trouver un refuse provisoire chez Magda, une jeune femme catholique suspectée par les allemands de recueillir des fuyards.

Contraint de fuir la maison de Magda, il va aller de ferme en ferme, sous un autre nom que le sien, à la recherche d’un travail qui pourra lui assurer la moindre pitance.

Mais pourra-t-il longtemps cacher qu’il est juif ?

Les circonstances vont sans cesse le conduire à des rencontres contrastées entre aide, apitoiement et dénonciation

Cinéma :"Cours sans te retourner"

Un tel sujet (le film est adapté du best-seller d’Uri Orlev) peut-il adopter un autre parti pris de narration que celui qu’a choisi Pepe Danquart ; un récit linéaire qui, constitué d’épisodes mis bout à bout, rend compte de la situation de ceux qui, en fuyant les soldats allemands, étaient guidés par le choix instinctif d’une vie meilleure ?

Le récit est à hauteur d’enfant .Celui-ci, âgé d’une dizaine d’années, ne dispose pour avancer dans sa fuite que d’un farouche désir de vivre.

Chaque nouvelle rencontre va l’aguerrir un peu plus, l’endurcir, lui fournir assez de méfiance et de ruse pour affronter les prochaines épreuves.

Le film qui se contente d’illustrer les différents épisodes de la situation dramatique à laquelle est confronté l’enfant, s’acquitte proprement du projet qu’il s’est fixé.

Il permet de s’interroger sur les raisons profondes qui amènent un individu de cet âge, qui ne dispose pas des clés de la situation où il se démène, à se battre pour la vie.

Est-ce par pur instinct de survie ? Est-ce pour répliquer et lancer un défi plus ou moins conscient à la cruauté des hommes guidés eux, par l’instinct de détruire ? Est-ce pour donner une suite à la vie qu’ont perdue les aînés ?

"Cours sans te retourner" est, dans sa simplicité démonstratrice, le bon matériau pour entamer avec des scolaires, un débat sur le Ghetto de Varsovie, l’extermination des juifs, les camps de concentration, sur les perspectives de vie que pouvait avoir un peuple harcelé, poursuivi par l’extrême cruauté de l’Allemagne d’Hitler, sur la méconnaissance à l’époque de l’existence et de la vraie destination des camps.

Quelles raisons profondes pouvaient amener des gens à sauver les juifs et d’autres à les dénoncer ?

Le film de Pepe Danquart, privé de toute hardiesse inventive aurait peut-être gagné à laisser de côté le mélodrame pour un peu plus de rigueur narrative, pour rompre ici et là avec le catalogue des passages obligés.

Francis Dubois

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