Actualité théâtrale

Jusqu’au 16 septembre au théâtre du Lucernaire, partenaire Réduc’Snes

« Crime et châtiment »

Du long roman de Dostoïevski, Virgil Tanase a tiré une adaptation passionnante. Á la différence du roman, la pièce ne commence pas par le meurtre de l’usurière et de sa sœur, mais par la première rencontre de Raskolnikov avec le juge d’instruction Porphiri Petrovitch. Celui-ci soupçonne Raskolnikov, à la suite d’un article où ce dernier évoquait le droit des êtres supérieurs à tuer ou à voler pour le bien supérieur de l’humanité qu’ils débarrasseraient ainsi des « poux » faibles et veules. La pièce se construit comme une intrigue policière mais il n’y a pas de preuve à trouver. La seule trace du crime, c’est dans la conscience de l’individu qu’elle se trouve. Et quand la pièce commence, Raskolnikov est en train de prendre conscience qu’il n’est pas un surhomme, que son acte n’a servi à rien, qu’il n’est qu’un individu parmi les autres, impuissant à vivre libre de ses choix. C’est par la découverte de la douleur des autres qu’il le comprend et c’est sur le destin des personnages qui participent à sa prise de conscience que se penche la pièce : la mort de Marmeladov, incapable de résister à la recherche de l’oubli de sa condition dans l’ivresse, la folie de sa femme, la détresse de Sonia, la fille de Marmeladov, contrainte de se prostituer pour assurer la survie de sa belle-mère et de ses enfants, la passion désespérée de Svidrigaïlov pour Dounia, la sœur de Raskolnikov, qui finit par le conduire au suicide et enfin le désarroi de Dounia, trop pauvre pour être libre de ses choix et qui se rend compte qu’elle aime celui qu’elle ne devrait pas aimer. C’est aussi par la dernière rencontre du juge d’instruction avec Raskolnikov que la pièce se termine.

En deux heures, Virgil Tanase, qui signe aussi la mise en scène, nous entraîne au cœur des grands thèmes de ce roman foisonnant et riche de nombreux personnages. Il a su élaguer, user d’ellipses pour nous passionner. Le décor simple - quelques meubles - les bruits extérieurs, sirènes de bateaux et mouettes, laissent toute sa place à l’imaginaire du spectateur. On passe avec fluidité d’une scène à l’autre par le jeu des éclairages. Débarrassés du meurtre originel, c’est sur les hommes, leur complexité et leur difficulté à vivre, et sur le poids des contraintes sociales, que se concentre l’attention du spectateur. Il y est aidé par des comédiens convaincants. On retiendra particulièrement Serge Lelay qui campe le juge d’instruction Porphiri Petrovitch. Il n’en fait pas un homme rusé qui cherche la faille chez celui qu’il suspecte, mais un accoucheur qui comprend. Svidrigaïlov incarné par Laurent Le Doyen, n’est plus seulement un homme qui use de sa position sociale pour séduire les femmes, mais un homme complexe et déchiré. Thibaut Wacksman, dans son long pardessus gris de dandy désargenté a le visage tourmenté, sombre et inquiétant de Raskolnikov.
L’adaptation respecte sans effets spéciaux l’ambiance du roman avec les délires et les spectres qui hantent certains personnages. Les grands thèmes de l’œuvre, la réflexion sur le bien et le mal, la souffrance qui conduit à la conscience sont abordés avec une finesse élégante et résonnent en nous car, comme le dit la conclusion, les orages sont encore à venir. Cette adaptation est aussi une belle façon de faire découvrir le roman à des lycéens.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h30
Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 45 44 57 34

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