Actualité théâtrale

Jusqu’au 9 février au Théâtre de l’Atalante

« Crime et châtiment »

Benjamin Knobil, acteur et metteur en scène, mais aussi auteur vivant en Suisse s’est attaché à une adaptation du grand classique de Dostoïevski. On a beaucoup analysé ce roman, souvent présenté comme l’ancêtre des romans policiers modernes en ce qu’il révèle de la Russie de son époque et des idées qui l’agitent alors. Raskolnikov, ancien étudiant que la misère a contraint à abandonner ses études, tue une vieille usurière pour, selon lui, rendre le monde meilleur. Mais les circonstances l’amènent à tuer aussi la sœur de celle-ci. Dès lors en proie à la fièvre et à la paranoïa, il entame une errance qui le conduit dans les bistrots, auprès d’une jeune prostituée Sonia et d’un juge d’instruction à qui il finira par avouer son crime.
Les thèmes abordés par le roman sont nombreux : la violence sociale, l’importance des relations familiales, les dégâts de l’alcoolisme, la rédemption. Pour adapter ce long roman en une pièce de une heure quarante-cinq, Benjamin Knobil n’a retenu que les personnages principaux et le thème central, la confrontation entre les idées de Raskolnikov et sa prise de conscience. Raskolnikov fait souvent allusion à Napoléon, sorti du lot parce qu’il s’est arrogé le droit de tuer. Il oppose les hommes extraordinaires, qui ont le droit de transgresser la loi voire de tuer, et les autres. Il pense qu’il peut tuer l’usurière, qui exploite la misère des pauvres, s’il utilise l’argent qu’il prend pour faire le bien, en fait le sien et celui de sa famille. Mais il a aussi été amené à tuer une innocente, la sœur de l’usurière. Cet assassinat et ce que lui révèlent les rencontres qu’il fait - l’ex-fonctionnaire alcoolique Marmeladov et sa fille Sonia, prostituée pour nourrir sa famille – le conduisent à prendre conscience qu’il n’est pas un surhomme capable de changer le monde, mais seulement un individu rongé par la peur et sa conscience qui le taraude. Comme le dit Benjamin Knobil « C’est la confrontation entre les désirs des personnages et la réalité qui m’intéresse. Les héros de mon théâtre sont des inadaptés, ahuris devant l’iniquité de la société ».
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Dans le roman l’action se déroule dans des lieux variés. Pour en rendre compte sur la petite scène de l’Atalante, le metteur en scène a fait le choix d’une plate-forme tournante. Grise et sombre, elle devient murs de la chambre où Raskolnikov est en proie au délire. Avec quelques panneaux ouverts et une chanteuse s’accompagnant à l’accordéon, elle est le bistrot où Marmeladov s’enivre. Tournant à grande vitesse elle évoque la fièvre et les délires paranoïaques de Raskolnikov. C’est une vraie belle trouvaille. Les acteurs jouent plusieurs personnages à l’exception de Frank Michaux qui incarne un Raskolnikov, fiévreux, enragé, inquiet et inquiétant. Tous les autres enchaînent des personnages, souvent au profil très différent. Loredana Von Allmen compose une Sonia grave, mais aussi une Nastia, la fille de la logeuse, espiègle et la chanteuse du bistrot. Dominique Jacquet passe du rôle de la sinistre usurière à celui de la femme malade et résignée de Marmeladov et à la douceur de la mère du héros. Romain Lagarde est le pitoyable Marmeladov, l’ex-fonctionnaire déchu, qui a dissout dans l’alcool qu’il ingurgite tous ses repères moraux, mais il est aussi Porphyre le juge d’instruction railleur que son rire permanent rend inquiétant. C’est une belle adaptation qui rejoint des interrogations actuelles. Á quel moment la morale et la conscience peuvent-elles prendre le dessus sur la sauvagerie et l’égoïsme qui dominent notre monde ?
Micheline Rousselet

Lundi, mercredi et vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h, dimanche à 17h
Théâtre de L’Atalante
10 Place Charles Dullin, 75018 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 46 06 11 90

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