Actualité théâtrale

Théâtre de l’Épée de bois

"Cyrano de Bergerac" Jusqu’au 2 décembre

Rendre hommage au mythe qu’est Cyrano de Bergerac, c’était le dessein d’Olivier Mellor quand il a mis en scène ce Cyrano crée à la Comédie de Picardie et qui est présenté en ce moment à l’Épée de bois. Cyrano, poète et meneur de bande fanfaron, ennemi de la flagornerie et amoureux de sa liberté de parole, insoumis et maître en éloquence, si laid et si séduisant dès qu’il parle, prêt à tout pour « un beau mot pour une belle cause », qui sait faire rêver et attendrir, est un de ces personnages romantiques qui ont baigné notre adolescence.

Il est très plaisant que ce soit une troupe qui redonne vie à ce beau texte truffé d’aventures. Ils sont une trentaine, et vingt-cinq sur scène. Chacun apporte sa pièce à l’ensemble, sait se mettre au service du texte et donner souffle à cette histoire où il faut savoir passer de l’exubérance à l’intime, de la comédie à la tragédie.

Olivier Mellor signe une mise en scène brillante qui transporte le public. Avec peu de décors mais de beaux éclairages des atmosphères sont créées. La Rôtisserie brillamment éclairée de Ragueneau devient le balcon romantique sous lequel Cyrano décide de se sacrifier en prêtant sa voix au fade, mais si beau, Christian pour assurer le bonheur de la belle Roxane. Le grand mur de pierre de fond de scène du théâtre devient, éclairé par les tirs, le cadre du champ de bataille où, dernier moment de joie, arrive Roxane, dans une petite Fiat vert pomme bourrée de vivres pour les cadets. L’inventivité des costumes apporte une note qui n’est pas là que pour traverser les époques mais révèle aussi la place des personnages. Le Comte de Guiche est en costume XVIIème, les cadets sont en survêtement orange, formant une équipe comme au rugby ! Enfin la musique est sur le plateau avec quatre musiciens qui impriment des sensations et créent l’univers sonore de la pièce. Ils accompagnent Cyrano dans la salle sur un air dansant de maloya réunionnaise et concourent à la gravité du dénouement avec un lieder de Gustav Malher.

On oublierait l’essentiel en omettant de rappeler que cette pièce est écrite en alexandrins. Les acteurs en ont très bien intégré le rythme et sont tous bons. Mais pour incarner Cyrano, flamboyant et pourtant si fragile, toujours entouré de copains mais à qui sa franchise vaut bien des ennemis, si expert en éloquence et pourtant condamné à n’aimer Roxane que dans l’ombre, il fallait un acteur capable de nous faire oublier ceux qui ont marqué le rôle, Daniel Sorano au théâtre et Gérard Depardieu au cinéma. Jean Jacques Rouvière est admirable en Cyrano. Á lui seul, il dit la moitié de la pièce. On l’admire dans la tirade des nez, on pleure avec Roxane quand il lit sa dernière lettre. Aussi bon dans le combat d’épée ou les scènes de ripailles entre copains que dans l’émotion, il faut saluer sa performance et courir voir ce Cyrano.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 18h
Théâtre de l’Épée de bois
Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 08 39 74

Accueil

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Alain Paris chante les fables de La Fontaine
    Est-ce l’horaire ? Est-ce le lieu très excentré près des remparts de l’Oulle ? Il y avait peu de monde pour ce joli spectacle et c’est bien dommage. Alain Paris chante les fables de La Fontaine,... Lire la suite (17 juillet)
  • Beaucoup de bruit pour rien
    La modernité de cette pièce écrite en 1600 est saisissante. Elle est accentuée par la mise en scène intelligente de Salomé Villiers et Pierre Hélie. L’action est placée dans un cadre qui évoque tout... Lire la suite (8 juillet)
  • « Dévotion, dernière offrande aux dieux morts »
    Clément Bondu, écrivain, poète, musicien et metteur en scène en résidence aux Plateaux Sauvages signe le texte et la mise en scène de ce spectacle dont il nourrissait le projet depuis plusieurs années... Lire la suite (3 juillet)
  • « Comment ça va ? »
    Cette question appelle toujours ou presque la même réponse « Bien » ! Pourtant quand on est une comédienne qui vient d’avoir cinquante ans, qu’on a un mari informaticien au chômage et un fils adolescent... Lire la suite (26 juin)
  • « 107 ans »
    Simon a tout de suite aimé Lucie quand il l’a rencontrée dans la cour de récréation et qu’elle lui a parlé de Jane Austen. Simon, assis à une table devant une feuille de papier, se souvient de Lucie qui,... Lire la suite (26 juin)