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Un film de Christophe Gargot (France)

"D’Arusha à Arusha" Sortie en salles le 9 décembre

Le Tribunal Pénal international créé en novembre 1994 fut chargé par les Nations Unies de juger les responsables du génocide rwandais qui fit entre avril et juin 1994, un million de victimes, essentiellement des Tutsis.
Comment une justice internationale peut elle juger au-delà des fondements politiques ?
"D’Arusha à Arusha", à l’aide entre autres des documents d’archives émanant du Tribunal Pénal International, rend compte du fonctionnement d’une diplomatie judiciaire.
Le film de Christophe Gargot pose son analyse sur trois éléments explicatifs : les images d’archives publiques et libres de droits des procès – à sélectionner parmi les 30 000 heures d’archives audiovisuelles - , les témoignages et le filmage des Gacaca, ces Tribunaux populaires qui interviennent parallèlement au TPIR.

Le procès des responsables du génocide rwandais à lieu à Arusha en Tanzanie, mais découvrir un procès à partir des archives audio visuelles ne revient pas y à assister, c’est se confronter à un point de vue subjectif et les caméras plafond, notamment, peuvent donner une vision particulière et tronquée du déroulement des séances.
Au cours du procès, différents inculpés sont entendus. Théoneste Bagosora, ex colonel des Forces Armées Rwandaises et cerveau supposé du génocide, ou Georges Ruggiu, le seul étranger, un éducateur belge égaré à Kigali, propagandiste à la télévision des mille Collines.
Hors des salles d’audiences, témoins ou acteurs du drame, coupables ou victimes, sont interviewés chez eux et parmi eux, un couple mixte, lui Hutu actif et elle, Tutsi qui a échappé de justesse au génocide.
L’autre volet du film révèle le fonctionnement des Gacaca, tribunaux populaires souvent présentés comme une justice de réconciliation mais où le plus souvent la présomption de culpabilité domine et où le système de défense est inexistant. Il s’agit d’une sorte de rituel judiciaire précaire qui trouve très vite ses limites. Les rwandais n’ont aucune relation possible avec le déroulement du tribunal officiel, sauf celle souhaitée par le gouvernement. Ils n’ont ni la possibilité de se rendre en Tanzanie ni celle de voir les retransmissions à la télévision. Ils n’ont de ce fait, aucun moyen d’interroger leur propre histoire…
Parce qu’il ne pourra jamais se dégager du regard et de la pression politique du gouvernement rwandais, le TPIR n’assurera jamais la totalité de sa mission. Il n’assurera pas la poursuite des crimes de guerre et ne questionnera pas non plus l’attitude de la Communauté internationale en 1994...
Ce film est à l’image des visages impassibles qui hantent le film. Il rend compte de la douleur silencieuse d’un peuple qui semble interroger sans espoir de réponse, une" terrible fatalité" responsable de la mort d’un million des leurs.
Francis Dubois

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