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Un film de Georg Maas (Allemagne-Norvège)

"D’une vie à l’autre" Sortie en salles le 7 mai 2014.

1990. Le mur de Berlin vient de tomber.

Katrine qui a grandi en Allemagne de l’Est, vit depuis plus de vingt ans en Norvège où elle a construit sa vie. Elle vit heureuse entre son mari, sa fille et un bébé qui vient de naître.

Katrine est née de la relation d’une mère norvégienne et d’un soldat allemand et dès sa naissance, elle a été placée dans un orphelinat réservé aux enfants aryens.

Elle est parvenue à s’échapper de RDA pour rejoindre sa mère mais quand un avocat lui demande de témoigner dans un procès contre l’Etat norvégien au nom des "enfants de la honte", contre toute attente, elle décline la proposition.

Témoigner reviendrait pour elle à remettre en question toute sa vie et celle de ses proches car elle serait tenue, dans ce cas, de dévoiler de lourds secrets et le rôle de la STASI, services secrets de la RDA, dans le destin de ces enfants.

"D’une vie à l’autre" est fondé sur des faits réels.

Dès 1935, Heinrich Himmler, obsédé par la pureté raciale, fonde l’association "Lebensborn E.V." qui a pour objectif de sélectionner les "membres aryens de la classe supérieure" et de "procréer" des enfants correspondant à l’idéal humain des nazis.

La Norvège a joué un rôle particulier dans la folie sélective de Himmler qui avait estimé que les Norvégiens étant les descendants directs de Vikings, ils avaient assez de bravoure, et des gènes convaincants pour participer à la reproduction germanique.

C’est ainsi que 11 000 enfants sont nés de relations entre des femmes norvégiennes et des soldats allemands entre 1940 et 1945.

Un certain nombre de ceux qu’on a appelé "les enfants de la honte" ont été recueillis dans des orphelinats de SS en Saxe, sur le futur territoire de la RDA.

Or, dans les années 60, les anciens enfants de Lebensborn, attirent l’attention de la STASI. Puisqu’il était difficile de reconstituer leur parcours et que nés en Norvège, ils jouissaient de la double nationalité, ils étaient à même de fournir des renseignements aux services secrets et de devenir de précieux espions. Ils pouvaient être "rendus à leurs familles" et, sous un nom d’emprunt, y être intégrés alors qu’en réalité, ils étaient devenus des agents de la STASI à l’insu des leurs.

L’histoire de Katrine repose ainsi sur des faits authentiques et son aspect exemplaire illustre bien le destin de ces enfants, la reconstruction de leur vie sur un socle de mensonges, leur possibilité de vivre une vie "normale" au prix d’un silence de tous les instants et de leur trahison vis-à-vis de leur entourage.

Katrine acculée à révéler la vérité aux siens, est renvoyée à l’état d’étrangère vis-à-vis de sa mère, de traître vis-à-vis de son mari et de sa propre fille.

Qu’adviendra-t-il d’elle quand la totale lumière sera faite sur sa vraie identité et sur des années de mensonges ?

Georg Maas réalise un film sobre où toute trace de romanesque est absente. Le mécanisme de la révélation fonctionne sans brutalité. La lumière se fait sur les différentes zones d’ombre à chaque fois comme une évidence, une sorte de danger qui pesait depuis le début du récit sur les différents personnages.

Une œuvre forte pour une fiction qui a aussi valeur de précieux documentaire.

Francis Dubois

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