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Un film de Pierre Salvadori (France)

"Dans la cour" Sortie en salles le 23 avril 2014.

Musicien dans un groupe, Antoine la quarantaine, rechigne un soir à monter sur scène.

Au lieu de cela, il prend sa valise et s’en va. Mais vers quoi, puisqu’il ne sait rien faire d’autre.

A Pôle-emploi, on lui propose un poste de gardien d’immeuble. Il accepte et entre autres copropriétaires, il rencontre Mathilde, une retraitée récente qui en plus de s’investir dans la bonne marche de la copropriété, donne de son temps à des activités associatives de quartier.

Un soir d’insomnie, Mathilde remarque une fissure sur le mur de son salon. Son angoisse ne cesse de grandir les jours suivants : et si cette fissure était le premier signe de l’effondrement prochain de l’immeuble.

En même temps qu’elle décide d’alerter le quartier du danger qui guette tout un îlot, elle glisse vers une lente folie qui inquiète Serge son mari, et bientôt tout son entourage.

Pierre Salvadori qui avait de longue date le projet de tourner avec Catherine Deneuve, réalise un film qui joue sur les codes de la comédie en demi-teintes et sur le regard plus grave porté sur une société inquiète de ses lendemains.

Pour cela, il met face à face, dans le périmètre restreint d’une cour d’immeuble, deux personnages en état de fragilité, que rien ne prédisposait à se rencontrer un jour, mais qui détectent l’un chez l’autre une sorte de troublante et souterraine parenté.

Si le personnage d’Antoine se cantonne dans une fantaisie mélancolique, il est amené dans le cadre de son travail à côtoyer des personnages qui l’entraînent, en dépit sa nonchalance naturelle, à poursuivre une existence dont il s’est lassé.

Si celui de Mathilde, au départ actif et positif, glisse imperceptiblement vers l’obsession du danger, c’est sans doute pour rompre avec un monde qui ne lui offre à jouer qu’une partition réduite, qui semble se destiner à ne plus lui apporter désormais qu’une avalanche de mauvaises nouvelles.

On les comprend mieux, l’un et l’autre, quand on en arrive au petit monde environnant, au microcosme que représente cette cour d’immeuble et qui, par un effet de loupe, devient représentatif d’une époque et de la peur diffuse dans laquelle on baigne.

Les personnages secondaires du film ont encore des réponses à donner à cette situation. Des réponses qui sont souvent dérisoires, parfois comiques et qui tiennent à distance la réalité du danger. Lev, le marginal, est hébergé clandestinement en compagnie de son chien dans une remise. Maillard sans cesse sur le qui-vive, ne cesse s’entendre des aboiements. Colette qui tient une librairie ésotérique fait preuve d’une énergie ridicule.

Le charme du film de Pierre Salvadori tient à une multitude de raisons : sa tonalité générale indéchiffrable, qui nous promène du rire au tragique, sa parenté avec la comédie italienne de la grande époque, la finesse du contour des personnages annexes et surtout la rencontre des deux acteurs magnifiques que sont Catherine Deneuve et Gustave Kerven.

Leur face à face produit une sorte de télescopage d’autant plus efficace que les deux partitions sont jouées dans la demi- teinte, une discrétion proche de l’effacement.

Enthousiasmant.

Francis Dubois

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