Actualité théâtrale

Au Théâtre de la Tempête jusqu’au 7 juin

"Dans la jungle des villes" de Brecht Mise en scène de Clément Poirée

A la question qui lui fut posée sur les circonstances qui l’avaient amené à écrire "Dans la jungle des villes" Bertolt Brecht répondit que si ses souvenirs restaient flous à ce sujet, il se souvenait cependant qu’à la même époque, il avait assisté à une médiocre représentation des "Brigands" de Schiller et il précisa : "une de ces représentations dont la pauvreté même fait ressortir les grandes lignes d’une bonne pièce et où les intentions valables du poète ressortent dans la mesure même où elles n’ont pas été réalisées".
Cette réflexion de Bertolt Brecht pourrait presque s’appliquer au spectacle qu’on peut voir en ce moment dans la grande salle du Théâtre de la Tempête. Les premiers tableaux précédés d’un prologue particulièrement confus, semblent souffrir d’un manque de cohérence et d’une hésitation à trouver une vraie ligne de mise en scène. La scénographie oscille entre le dépouillement d’un plateau vide et le décor fouillé et réaliste constitué d’éléments mobiles qui viennent prendre place au milieu de l’espace. L’interprétation, elle, hésite entre le jeu débordant d’un Bruno Blairet excessif et celui tout en retenue de Philippe Morier-Genoud en retrait. On pourrait ajouter des éclairages par moments un peu incertains…
Jungle-visuel
Mais le spectacle qu’offre la mise en scène de Clément Poirée, s’il laisse au premier abord, une impression d’inabouti, finit par produire un charme qui ne cesse de gagner du terrain au fur et à mesure de la représentation. La brume d’une scénographie confuse se lève au bout d’un moment pour nous faire découvrir ce qui est sans doute la priorité du metteur en scène : la lecture limpide d’un récit au tracé compliqué qui consiste en une succession de rounds sauvages et déchirants opposant le fougueux Garga à l’homme d’affaires douteux Shlink et débouchant sur le naufrage d’une famille venue de la région des Savanes.
S’habitue-t-on à ces constants changements de décors, le jeu de Bruno Blairet finit-il par donner un vrai contour à son personnage ? Le jeu des autres comédiens devient-il plus homogène ? En tout cas, le spectacle prend forme et au final, on assiste à un redressement de l’ensemble et c’est un peu comme si les morceaux d’un objet brisé s’étaient, comme par miracle, recollés.
Francis Dubois

On peut voir également, toujours au Théâtre de la Tempête, à La Cartoucherie de Vincennes, dans la petite salle, jusqu’au 7 juin "Horace" de Corneille mis en scène par Naidra Ayadi.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits mais sur réservation impérative) : 01 43 28 36 36 ou www.latempete.fr

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