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De Haïti à Paris en passant par la République Dominicaine et New York Merengue !

Paris, après la seconde guerre mondiale, connaît de nouveau la vogue de ce que la presse de l’époque appelle la « musique typique ». Typique de quoi ? Typique ! Pour dire que ces musiques, car elles sont multiples, viennent des îles. D’abord de la Martinique et de la Guadeloupe avec la biguine que l’on danse dans les clubs de Pigalle ou de Montmartre. Vedette incontestée, le clarinettiste Stellio influencera tous les musicien(ne)s lié(e)s à cette culture. Le milieu des années 50 verra apparaître de nouveaux clubs et une danse venant de Haïti – et de Saint-Domingue -, la « meringue », son nom d’origine, deviendra « merengue » sous l’influence des musiciens dominicains. Une danse qui ressemble à la marche d’un personnage oscillant de gauche à droite. Une marche sur le temps que les danseurs accentuent pour se balancer dans le rythme. Une musique de la transe, une musique de la liberté.

Elle passera par la République dominicaine où Trujillo, le dictateur – il restera trente ans au pouvoir jusqu’aux débuts des années 60 – l’imposera pour des chants à son honneur… Ce climat d’étouffement des libertés et de la création se traduira par le départ des musicien(ne)s vers New York qui deviendra la capitale de cette danse. La musique se transformera, subissant l’influence du jazz – le jazz à son tour intégrera ces rythmes - et des musiques afro cubaines. Les Cubains s’appropriant le merengue le transformeront. Le merengue s’adaptera à chaque pays. Chacune de ses adaptations raconte une histoire spécifique composée de combat pour la liberté de création, d’exils et de migrations. L’essentiel sera conservé malgré toutes ces métamorphoses ou grâce à elles, la danse, ce plaisir, cette joie de la libération du corps dans la rencontre avec d’autres corps pour faire jaillir une flamme, celle de la sensualité par la projection de soi.

Bruno Blum raconte, dans un coffret de 3 CD, « Dominican Republic Merengue », ces histoires qui sont aussi des changements dans l’orchestration. L’accordéon diatonique des origines laisse la place aux clarinettes, aux saxophones, aux percussions, pour faire sortir cette musique de ses gonds, pour lui permettre de s’outrepasser, d’être vivante simplement. C’est aussi une manière d’entendre le 20e siècle, un siècle de fureurs, de barbaries striées d’espoirs. Il faut écouter ces musiques pour renouer les fils de notre mémoire mais aussi, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, pour danser. Des musiques oubliées qu’il faut se réapproprier, pour reconstituer notre patrimoine. Ne rien oublier du siècle passé devient une question de plus en plus brûlante dans un 21e siècle qui manque de références et ne sait pas se servir du passé.

D’autant que le merengue arrive à Paris dans ce milieu des années 50 par l’intermédiaire de l’orchestre constitué par deux frères, Barel et Honoré Coppet, natifs de la Martinique. Cette danse apparaît nouvelle et fera les beaux soirs et les nuits plus belles encore de tous les amateurs de ces musiques.

L’écoute de ces faces présentées par Jean-Pierre Meunier permet de se rendre compte du travail d’adaptation de ces deux saxophonistes. Ils joueront aussi avec Al Lirvat, tromboniste, figure clef de La Cigale et de toutes ces musiques. Il est facile de s’apercevoir aussi que Henri Salvador a repris l’esprit sinon la lettre de ces groupes. Barel Coppet, chanteur, saxophoniste et clarinettiste, écrivait des paroles en créole avec un accent qui vous fera penser à beaucoup de ces chanteurs de ces années cinquante. Il faudra être sensible à l’humour et l’ironie de ces paroles qui savent sous entendre ce que tout le monde veut oublier, le racisme, l’exclusion.

Une redécouverte nécessaire, une façon d’entendre le Paris de ces années là, un Paris ouvrier, un Paris révolutionnaire, un Paris qui savait chanter et danser…

Nicolas Béniès .

« Barel et Honoré Coppet. Biguine et Merengue (1956-1959) », livret de Jean-Pierre Meunier ; « Dominican Republic Merengue. Haïti, Cuba, Virgin Islands, Bahamas, New York 1949-1962 » ; Frémeaux et associés.

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